Chapitre VII : L’Âge des Arches (321 – 482 ESR)
“Trop de lumière engendre l’ombre ;
Trop d’harmonie, la dissonance.”
— Élynar d’Elyndarion, Chant du Verre Fendu
🌍 L’Expansion des Routes de Lumière
Au quatrième siècle de l’Ère du Chant Orphelins, les Arches d’Astral couvrirent le monde. Des déserts d’Ormarr aux neiges d’Aurélis, des forêts de Virelia aux tours de Lysséa, nul lieu n’était plus hors d’atteinte.
Les Arches primaires d’Altherion, vastes comme des cathédrales, etaient désormais soutenues par des milliers d’arches secondaires, plus petites, mobiles, ou enterrées dans les montagnes. Certaines reliaient même les mers grâce aux miroirs de flux Lireathi, d’autres atteignaient les ciels des skayans. Chaque ouverture d’Arche illuminait l’horizon d’une aurore artificielle. Le monde vibrait au rythme des transferts de lumière, et les cités chantaient la gloire du savoir humain.
Les Convergents avaient fait d’Altherion une capitale de raison pure : Ses tours résonnaient du bourdonnement des Arches, et ses rues de verre reflétaient le passage des courants d’éther. Même les Nains reconnurent qu’aucune forge n’avait jamais produit pareil éclat.
“Le monde entier se reflète désormais dans la lumière des Hommes.”
🏛️ Les Peuples sous la Clarté
Les Nains, fascinés, continuerent de creuser les tunnels conduisant les lignes d'énergies. Ils découvrirent que les Arches vibraient jusque dans les strates de pierre, et que les montagnes elles-mêmes semblaient respirer à leur rythme.
Les Orcs poursuivirent leur rôle de gardiens des routes. Certains clans, connus sous le nom de Fils de la Veine de Verre, veillaient sur les Arches mouvantes, assurant que leurs passages demeurent stables et que nul ne s’y perde entre les mondes.
Les Skayans, eux, s’enivrèrent de l’énergie ambiante. Leurs artisans d’orage rivalisaient d’ingéniosité, créant des armes capables de canaliser la foudre et de l’enchaîner. Mais leurs temples commencèrent à vibrer trop fort, et l’on raconte que le ciel grondait sans qu’aucune tempête ne soit visible.
Les Wyveriens, inquiets, tentèrent de modérer le flux. Leurs Cloches du Souffle sonnaient nuit et jour pour apaiser les excès des Arches, mais la lumière était devenue trop dense : L’air lui-même semblait peser.
Les Lireathi, sous les mers, observaient les reflets des Arches devenir instables. Leurs miroirs d’onde se troublant, et parfois, des silhouettes d’autres mondes s’y dessinaient l’espace d’un battement de cœur.
Les Aelran, silencieux, consignaient tout. Ils observaient les fluctuations du Chant et savaient que l’équilibre commençait à se rompre. Ils notèrent dans leurs tablettes :
“Ce que les Hommes nomment lumière, le monde l’appelle blessure.”
🐉 Les Dragons — Les Témoins du Trop-Plein
Les Dragons sylvains firent taire les éclats des Arches qui traversaient leurs frondaisons. Leur souffle brûla les lueurs trop vaines, et la forêt retrouva le silence du vrai feu. Les Dragons de Cendre grondèrent dans leurs volcans : Ils sentaient le cœur du monde battre trop fort. Les Dragons d’Éther, eux, observaient depuis les hauteurs. Leur vol devint plus lent, plus grave, comme s’ils mesuraient la dérive du temps lui-même.
Et dans les abysses, les Dragons Abyssaux remuèrent pour la première fois depuis des ères. Les marins entendirent, dans les profondeurs, un long murmure :
“Les étoiles ne chantent plus juste.”
⚠️ Les Premiers Signes de la Fracture
Les Aelran furent les premiers à percevoir la faille : Les Arches n’étaient plus synchronisées. Chaque ouverture provoquait un décalage infinitésimal dans le Chant, un battement de trop, une vibration qui ne trouvait plus sa place.
Les Nains signalèrent la même anomalie sous la terre : Les lignes de feu se troublant, et certaines forges s’éteignirent d’elles-mêmes, refusant le métal devenu trop vibrant.
Dans les mers, les Lireathi parlèrent de vagues sans vent, et de courants inversés. Dans les cieux, les Skayans virent des éclairs sans nuage. Les Wyveriens entendirent les arbres chanter à contre-sens. Et les Orcs, traversant les plaines, dirent que la terre respirait trop vite.
“Ce n’était pas la fin du monde —
Mais le monde commençait à comprendre sa fin.”
Mais Altherion s’enivrait de sa propre lumière. Les cœurs chancelaient devant tant de perfection, Et la fierté remplaça la prudence.