📜 Lore canon d’Elserath 📜

Chapitre VIII : La Rupture des Lignes et la Montée des Dissidents Gris (459 – 482 ESR)

“Lorsque la lumière refuse l’ombre,
c’est le monde lui-même qui devient aveugle.”
— Fragment du Codex des Verres Brisés

🕯️ Les Premières Fissures

Les Arches d’Astral s’étaient multipliées à travers le monde. Chaque cité, chaque forteresse, chaque comptoir possédait la sienne. Elles reliaient les continents en un réseau de lumière continue, où le temps et la distance perdaient tout sens.

Mais bientôt, les flux devinrent trop nombreux. Les rayons de transfert se croisaient, se déformaient, se contredisaient. Des échos de matière, des reflets d’êtres, parfois même des souvenirs commencèrent à apparaître dans les couloirs de verre. La lumière, devenue trop dense, se brisait sur elle-même.

Les Convergents, conscients du danger, hésitèrent à interrompre leurs créations. Mais leur orgueil — ou peut-être leur foi en la raison — les en empêcha. Ils croyaient pouvoir corriger la saturation par davantage de lumière, stabiliser le monde en ajoutant des arches nouvelles, plus parfaites, plus rapides, plus vastes.

“Nous ne ralentirons pas le jour pour sauver la nuit.”
— Manifeste du Haut-Chant d’Altherion

🏛️ La Scission d’Altherion

En 471 ESR, les grands esprits de la Cité de Verre se réunirent dans la Tour des Reflets. Neuf jours et neuf nuits durant, ils débattirent de la survie des Arches. Fallait-il les restreindre ? Les renforcer ? Les briser ?

Leur désaccord fut tel que la tour elle-même se mit à vibrer, comme si la lumière refusait de choisir un camp.

Alors naquirent deux ordres : les Convergents de la Lumière Unie, qui prônaient la restauration du Chant par la maîtrise raisonnée, et les Dissidents Gris, qui rêvaient d’un monde libéré de toute dépendance à la Source.

Les Dissidents quittèrent Altherion, emportant leurs machines et leurs formules interdites. Ils disaient :

“Si le Chant nous condamne, écrivons notre propre silence.”

⚙️ Les Forges du Néant

Les Dissidents, autrefois penseurs d’Altherion, devinrent les artisans de la froide raison. Leur départ marqua la fin du rêve commun — et le début d’un monde mesuré.

Dans les plaines du Couchant, ils bâtirent leur chef-d’œuvre :

🧊 Tharn-Méon — La Citadelle du Zéro

Forteresse de métal et de verre noir, Tharn-Méon s’élève au-dessus d’un désert de cendres pétrifiées. Aucun vent n’y souffle, aucun chant n’y résonne. Ses murs, polis jusqu’à l’oubli, reflètent le ciel sans jamais le renvoyer. Chaque pierre, chaque angle, chaque couloir fut calculé selon une symétrie parfaite, conçue pour ne laisser place à aucune erreur — ni au hasard, ni à l’âme.

Le cœur de la citadelle pulse au rythme exact d’un champ de résonance inversée. Ce battement froid, constant, sert de mesure au temps pour tous les Dissidents. On dit que même les ombres s’y déplacent selon la logique d’un pendule invisible.

Les Dissidents Gris y consignèrent la Loi du Silence, sept cent soixante-dix-sept formules censées décrire l’univers sans prière, sans magie, sans mémoire. Ils disaient :

“Ce que le Chant embellit, le calcul le purifie.”

De Tharn-Méon partirent les Silencieux, êtres d’acier animés par des oscillations d’énergie pure. Leurs pas ne produisaient aucun son, leurs yeux luisaient d’une clarté fixe, et leurs lames vibraient sur une fréquence capable de trancher les enchantements.

Les Chœurs Froids, tours de métal dressées autour de la citadelle, aspiraient toute magie alentour, créant des zones mortes où même les esprits du Chant se taisaient. La lumière y vacillait, et les échos du monde s’y éteignaient comme des bougies sous verre.

Les Dissidents Gris avaient trouvé leur idéal : la pureté absolue de la logique, la beauté sans âme des équations parfaites.

“Ici, tout est exact — donc rien n’a besoin d’être beau.”
— Inscription sur la porte principale de Tharn-Méon

⚡ L’Écho des Arches Brisées

Pendant ce temps, à Altherion, les Convergents tentaient désespérément de stabiliser le réseau. Mais la lumière ne leur obéissait plus. Les flux de transfert s’entrechoquaient, ouvrant des failles dans l’éther.

Chaque Arche utilisée modifiait imperceptiblement la résonance du monde. Les lignes d’énergie formaient des nœuds, et ces nœuds, à force de croître, devinrent des blessures.

Les Nains signalèrent que leurs forges vibraient à des fréquences anormales, les Lireathi virent leurs mers miroiter d’images impossibles, et les Skayans perçurent des éclairs sans tonnerre, des orages nés d’aucune cause. Seul les Wyveriens furent épargné par ces phénomènes, la lumière des Arches de Virelia brisé par les dragons.

Les Aelran, eux, notèrent simplement :

“Le monde est devenu miroir, et nul ne sait plus où passe la lumière.”

🌑 L’Avertissement

En 482 ESR, fut achevée la plus vaste de toutes : l’Arche Centrale d’Altherion, suspendue entre ciel et mer, alimentée par treize champs de résonance.

Lorsque la dernière pierre fut posée, les Aelran consignèrent :

“Si la lumière chante encore,
ce sera sa dernière note.”

Et peu après, le ciel saigna.

Ainsi commença la Guerre d’Astral.