🏛️ Chapitre VI : L’Age d’Or (env. 230 – 320 ESR)
« Quand les routes furent faites de lumière, les peuples crurent que plus rien ne pourrait se briser. »
— Chroniques d’Altherion, Livre des Reflets
L’ouverture de la Première Arche d'Astral, ces portes, œuvres des Convergents, permettant de passer instantanément d'un point à un autre, marqua le début d’un siècle de merveilles et de sérénité apparente. Les peuples d’Elserath, désormais reliés par les ponts de verre et d’éther, échangèrent savoirs, artefacts, récits et rêves. Ce fut le temps de la curiosité partagée, des routes sans frontières, et de la lumière apprivoisée.
🕊️ Les Hommes — Les Enfants du Verre
Sous l’égide des Convergents, les Hommes d’Altherion portèrent leur science jusqu’aux confins du monde. Chaque Arche nouvelle ouvrait une cité, chaque cité engendrait une école, et chaque école un nouveau Chant du savoir.
Ils perfectionnèrent la structure des Arches d’Astral, les rendant plus stables, plus sûres, plus lumineuses. Et pour leurs alliés orcs, ils forgèrent un modèle unique : les Arches Nomades, capables d’être montées sur le dos des chameaux-éléphants, ces colosses paisibles qui portaient les cités mouvantes d’Ormarr à travers les steppes brûlantes. Ainsi, même les routes vivantes du désert furent unies aux ponts de lumière.
Sous les dômes d’Altherion, les corbeaux mécaniques volaient d’une Arche à l’autre, portant des messages, des pensées et parfois des musiques. Leur vol, régulier et obstiné, devint le symbole du savoir circulant sans fin. Les Hommes s’en émerveillaient :
« Ce que le vent porte, la raison peut comprendre. »
⚡ Les Skayans — Les Enfants de la Foudre Retrouvée
Blessés dans leur orgueil par la prouesse humaine, les Skayans jurèrent de prouver qu’eux seuls étaient encore dignes du ciel. Ils défièrent les tempêtes, escaladèrent les pics où l’éclair frappait sans fin, et nombreux furent ceux que la foudre réduisit en cendres. Mais ceux qui survécurent devinrent des artisans d’orage : êtres d’exception capables de forger les armures-tempête, qui rendaient leur porteur rapide comme le vent et vif comme la foudre.
Dans les Ateliers des Nuées, ils façonnaient aussi les cristaux d’orage, des gemmes imprégnées de l’énergie de tempêtes capturées, capables d’alimenter les Arches ou d’éclairer des citadelles entières. Les Skayans ne cherchèrent plus à dominer la lumière humaine : ils voulaient la surpasser par le ciel.
« Si les Hommes marchent dans la lumière, alors nous volerons par dessus la tempête. »
⛏️ Les Nains — Les Forgerons de Ponts
Les Nains, impressionnés par la précision et l’audace des Hommes, proposèrent leur aide pour accélérer l’expansion des Arches.
Sous Kar’Drath, les Veilleurs et les Créateurs mirent leur savoir au service du réseau.
Ils conçurent les bases métalliques, les joints de fusion, et les dalles gravées qui maintenaient la résonance des portails.
Les taupes-blaireaux, bêtes d’Elyndra guidant toujours les Nains, ouvraient les tunnels où passaient les lignes d’énergie, creusant sans relâche les conduits de chaleur et de flux.
Ainsi, le feu souterrain et la lumière céleste devinrent frères.
« Ce que la pierre accepte, le monde ne l’oublie pas. »
🩸 Les Orcs — Les Frères du Feu Apaisé
Les Orcs, héritiers du Roi-Forge, saluèrent les Arches avec respect. Pour la première fois, ils traversèrent la lumière sans défi, voyageant d’un bout à l’autre du monde par les Arches Nomades.
Leurs chameaux-éléphants portaient ces ponts mouvants, allumés par les Forgerons Rouges.
Ils devinrent les gardes des routes et les protecteurs du feu des Arches.
Leurs serments étaient simples : protéger la lumière sans la posséder.
« Ce feu n’est pas le nôtre, mais il respire avec nous. »
🌿 Les Wyveriens — Les Écoutants du Vent
Les Wyveriens observaient de loin les ponts lumineux qui fendaient le ciel. Ils y voyaient une respiration nouvelle du monde.
Certains, intrigués, s’aventurèrent jusqu’à Altherion pour écouter le bourdonnement des Arches.
Ils ne s’y opposèrent pas : ils apprirent à les accompagner. Dans les forêts de Virelia, ils établirent les Cloches du Souffle, instruments d’air et de cristal réglés sur les fréquences des Arches, pour équilibrer les courants et prévenir la dissonance.
🌊 Les Lireathi — Les Chanteurs du Reflet
Sous les mers de Lysséa, les Lireathi restaient prudents. Ils savaient que toute lumière finit par aveugler si elle ne connaît pas l’ombre.
Mais leur sagesse les poussa à collaborer : ils forgèrent des miroirs d’onde, reflets sous-marins des Arches terrestres, qui permettaient d’acheminer les flux lumineux jusqu’aux cités englouties.
Ainsi, même les profondeurs se mirent à chanter d’une lueur pâle.
« Nous ne marchons pas dans la lumière, nous la faisons danser. »
🌘 Les Aelran — Les Veilleurs du Chant
Les Aelran observaient sans juger. Ils consignaient chaque vibration, chaque changement dans la lumière.
Ils savaient que toute harmonie porte en elle la promesse d’une dissonance. Mais ils ne parlèrent pas.
Ils gravèrent simplement sur les tablettes d’argent d’Elyndarion :
« Les Hommes ont appris à marcher entre les étoiles. Espérons qu’ils se souviendront de regarder où ils posent les pieds. »
🐉 Les Dragons — Les Juges Silencieux
Les Dragons Sylvains, tapis sous les frondaisons de Virelia, observaient les arches humaines d’un œil ancien. Ils y voyaient un reflet de la création d’Elyndra : imparfaite mais vivante.
Les Dragons de Cendre, eux, grondaient dans leurs volcans, estimant que l’Homme s’était arrogé le feu sans en comprendre le poids. Les Dragons d’Éther, plus lointains, s’élevèrent dans les nuées pour contempler les arches depuis les hauteurs — et certains, dit-on, se mirent à tourner lentement autour d’Altherion, comme pour mesurer le cœur de ce nouveau soleil.
Quant aux Dragons Abyssaux, seigneurs des profondeurs, ils ne bougèrent pas. Mais les marins jurèrent qu’à chaque ouverture d’Arche, les abysses tremblaient légèrement, comme si quelque chose, très loin dessous, écoutait.
Ainsi s’épanouit le Premier Âge d’Or, appelé par les Aelran L’Harmonie des Peuples.
Un temps d’équilibre fragile et d’orgueil tranquille, où la lumière unissait ce que les chants avaient autrefois séparé.
Mais sous la perfection apparente du monde, un murmure persistait — léger, presque imperceptible, comme un écho refusant de mourir.