❄️ Les Glacés d’Aurélis — Les Fragments du Feu Sourd
Dans les terres du nord, là où Aurélis chante par aurores et silence, il existe une espèce que nul peuple ne revendique… et que les Nains refusent même de nommer.
On les appelle, faute de mieux, les Glacés d’Aurélis. Ils ont la morphologie des Nains — mêmes proportions compactes, mêmes épaules lourdes, même nuque dense — mais leur chair n’est pas de chair. Ils sont faits exclusivement de glace.
Ils ne sont pas “morts”.
Ils ne sont pas “vivants”.
Ils sont froids… avec obstination.
I — Apparence et présence
Leur corps semble taillé dans un bloc translucide, comme si quelqu’un avait sculpté un Nain dans une cataracte figée.
Peau : glace laiteuse ou transparente, parfois striée de bulles gelées comme des cicatrices.
Veines : non pas du sang, mais des fissures bleutées où circule une lumière froide.
Yeux : creux lumineux, souvent d’un blanc pâle, parfois azur, sans pupille stable.
Voix : un craquement bas, un frottement de givre, des sons courts — jamais un langage complet.
Autour d’eux, l’air change. Même immobiles, ils produisent une aura de gel : la buée s’épaissit, les surfaces blanchissent, la peau brûle de froid.
On dit que les bêtes d’Elyndra elles-mêmes hésitent à les approcher, comme si quelque chose en eux n’était pas vivant… mais insistant.
II — Intelligence et organisation
Ils ne sont pas stupides. Mais leur intelligence est limitée, étrangère à celle des peuples.
Ils comprennent : la chasse et la défense, la hiérarchie brute, la répétition, la construction simple, l’idée de territoire.
Ils vivent en petites tribus : de cinq à vingt individus, rarement plus. Leur organisation est sommaire : un chef, quelques guetteurs, des chasseurs.
Leurs habitations sont des abris rudimentaires : niches creusées dans la neige durcie, cavités sous la glace, murs de blocs empilés, renforcés par le givre qu’ils exhalent.
Leurs armes sont primitives mais efficaces : massues de glace compactée, pics de pierre gelée, lames grossières entretenues par leur propre froid — elles ne fondent jamais tant que la tribu demeure proche.
III — Tempérament et danger
Ils sont territoriaux. Et surtout : agressifs.
Leur logique est simple : ce qui entre doit être chassé… ou brisé. Ils attaquent sans intimidation longue, comme si l’idée même de négociation leur était inconnue.
Face à un voyageur, ils ne voient pas une personne. Ils voient une intrusion. Une chaleur. Une menace.
Les Nains racontent qu’ils frappent comme une forge inversée :
là où le marteau chauffe, eux refroidissent, fissurent, cassent.
IV — Force, endurance, résistance
Ils possèdent une force physique énorme, légèrement inférieure à celle des Nains — mais compensée par quelque chose d’inhumain.
Endurance illimitée : ils ne s’essoufflent pas. Ils ne ralentissent pas. Ils ne “fatiguent” pas au sens où les vivants l’entendent. Ils peuvent poursuivre une proie pendant des heures, sans pause, sans erreur, sans plainte.
Résistance et régénération : leur glace se recompose. Un membre brisé peut se ressouder. Une fissure se referme si le froid est suffisant. Un fragment perdu peut être “recollé” à leur corps comme une pièce qu’on remet en place.
Les armes classiques les abîment… mais rarement assez vite. Le feu, lui, est efficace — mais dangereux : il les rend plus violents, comme si la chaleur éveillait un instinct de destruction pure.
V — Le mystère du Feu Sourd gelé
Ce qui les rend réellement inquiétants, ce n’est pas leur violence. C’est ce que les sensibles au Chant disent ressentir en eux.
Ils affirment que, dans leur cœur de glace, vibre une version mutante du Kaelrun’Thar — le Feu Sourd des Nains.
Une contradiction vivante : un Feu Sourd… qui gèle.
Théoriquement, cela devrait leur permettre de graver des runes, de faire résonner la pierre, de “parler” au monde comme les Fils de Kaelgor. Mais ils n’en ont pas la finesse mentale. Ils possèdent le don, sans la clef.
Alors il arrive parfois qu’on retrouve, près de leurs repaires, des rochers griffés de marques incohérentes : des traces de rune avortée, des débuts de gravure sans sens, comme si la pierre avait été touchée par un langage… inachevé.
VI — Origines supposées
Personne ne sait ce qu’ils sont. Les hypothèses se contredisent, et toutes restent plausibles — ce qui est pire.
1) Les rebuts de Kaelgor
Certains disent qu’ils sont les “restes” rejetés lorsque Kaelgor créa les Nains : des fragments de forge ratés, durcis, refroidis, jetés au nord, mais qui auraient survécu, obstinément.
2) Des esprits déchus
D’autres prétendent qu’ils furent jadis des esprits anciens, qui copièrent la forme des Nains à l’aube des âges, et perdirent peu à peu leur puissance… jusqu’à rester coincés dans une enveloppe glacée.
3) Les descendants des bannis
Certains murmurent l’idée la plus insultante : qu’ils seraient les descendants de Nains bannis, perdus dans les glaces, ayant régressé siècle après siècle, jusqu’à devenir une version froide et incompréhensible d’eux-mêmes.
Aucun Nain n’accepte cette théories à voix haute. Et ceux qui la connaissent baissent souvent les yeux avant de la prononcer.
4) Une expérience convergente oubliée
Enfin, les rumeurs les plus récentes viennent de Verrelys : certains pensent que des Convergents, obsédés par la résistance parfaite, auraient tenté de créer un organisme capable de survivre sans fin dans le froid — un soldat, un ouvrier, un gardien. Mais l’expérience aurait échoué, ou aurait été abandonnée, puis “libérée” au nord. Aucun registre ne l’atteste. Bien sûr. Les expériences dont on a honte n’ont jamais existé officiellement.
VII — Le regard des Nains : haine et injure
Les Nains les détestent. Pas seulement parce qu’ils sont dangereux. Mais parce qu’ils ressemblent trop.
Parce qu’ils portent une forme du Feu Sourd… sans en porter l’honneur. Parce qu’ils donnent au monde une imitation brutale de leur image, comme une moquerie sculptée par le froid.
Chez les Nains, certains mots sont réservés à eux seuls. Et lorsqu’un Nain parle des Glacés, il ne les appelle jamais “frères”.
Il les appelle souvent — quand il accepte de les nommer —
« les Injures d’Aurélis ».