Bestiaire — BĂȘtes Ă©tranges

đŸ•·ïž Les Fileuses de Brume

Celles qui tissent le silence — immenses et pourtant presque absentes, elles capturent les sons comme on retient une pluie trop bruyante.

Essence : Brume & rĂ©sonances Nature : BĂȘte paisible Danger : Nul TrĂ©sor : Toile de silence

đŸ•·ïž Prologue — Celles qui tissent le silence

Dans les vallĂ©es noyĂ©es de brouillard, lĂ  oĂč le monde semble hĂ©siter Ă  faire du bruit, vivent des crĂ©atures que l’on ne voit presque jamais — non parce qu’elles se cachent, mais parce qu’elles se confondent avec l’absence de vacarme.

On les appelle les Fileuses de Brume.

« Si tu entends moins le monde, ce n’est pas qu’il s’éloigne. C’est qu’une Fileuse veille. »

đŸŒ«ïž Apparence — Presque absentes

Les Fileuses sont des araignĂ©es immenses — leurs corps peuvent atteindre la taille d’un chariot — et pourtant les voyageurs passent souvent Ă  cĂŽtĂ© d’elles sans les remarquer.

Leur chitine est translucide, laiteuse, stratifiĂ©e comme une buĂ©e figĂ©e. À la lumiĂšre, leurs pattes semblent se dissoudre dans l’air, et seuls leurs yeux, pĂąles et opalescents, trahissent parfois une prĂ©sence attentive.

Elles vivent presque exclusivement dans les brumes Ă©paisses, les nappes de brouillard permanent, et les zones saturĂ©es d’humiditĂ© et de rĂ©sonances sonores — lĂ  oĂč l’écho se perd.

đŸ•žïž Les Toiles — PiĂšges Ă  sons

Les toiles des Fileuses de Brume sont leur merveille la plus connue
 et la plus incomprise. Elles ne capturent rien de matériel.

À la place, elles emprisonnent les sons trop forts, les murmures persistants, les vibrations d’une voix, les chants inachevĂ©s — les bruits qui refusent de s’éteindre.

Un cri projetĂ© dans une toile de brume s’y dissout comme une pierre dans l’eau. On peut encore voir la bouche se mouvoir. Mais aucun son n’en sort.

⚙ Usages — Le silence façonnĂ©

Les peuples d’Elserath ont appris Ă  rĂ©colter ces toiles avec prĂ©caution. Elles servent Ă  tapisser des murs anti-bruit, fabriquer des casques de silence pour les forges et les bibliothĂšques, isoler des chambres de mĂ©ditation, crĂ©er des tentures Ă©touffant les Ă©chos, et tisser des vĂȘtements feutrĂ©s, presque irrĂ©els.

Les Arcanistes de Verre de Verrelys en sont les plus grands artisans : ils utilisent la toile pour se couper du tumulte du monde afin de méditer, calculer, accorder le verre et la pensée.

À Verrelys mĂȘme, quelques Fileuses vivent volontairement dans des jardins de brume artificielle, oĂč elles produisent leurs toiles en abondance. Ces Ă©toffes de silence sont ensuite vendues Ă  d’autres peuples — prĂ©cieuses, rares, trĂšs recherchĂ©es.

À Verrelys, une maxime circule : « Le silence n’est pas l’absence de son. C’est un tissu. Et certaines araignĂ©es savent le tisser. »

đŸŽ” Nourriture — Le monde Ă  voix basse

Les Fileuses de Brume se nourrissent exclusivement de sons. Un environnement trop silencieux les affaiblit ; un lieu saturé de bruit les rassasie.

Elles absorbent les conversations continues, la musique douce, les vents sifflants, les pas rĂ©pĂ©tĂ©s, les chuchotements. Elles apprĂ©cient particuliĂšrement les chants lents et rĂ©guliers, qu’elles semblent “goĂ»ter” plus longtemps.

C’est pourquoi certains peuples les nourrissent volontairement : en laissant jouer des instruments prĂšs de leurs toiles, ou en rĂ©citant Ă  voix basse des textes anciens.

đŸ€ Comportement — Une douceur inattendue

Contrairement Ă  ce que leur taille pourrait suggĂ©rer, les Fileuses de Brume sont absolument inoffensives. Elles ne mordent pas, ne piquent pas, ne capturent aucun ĂȘtre vivant.

Mieux encore : elles peuvent se montrer Ă©trangement affectueuses. Une Fileuse bien nourrie se rapproche lentement, tapote doucement de ses pattes, et ajuste sa toile autour d’un visiteur sans jamais l’entraver.

Certains Arcanistes affirment reconnaĂźtre leurs “habituĂ©es” Ă  la façon dont elles rĂ©agissent Ă  leur voix.

⚖ RĂŽle dans l’équilibre d’Elserath

Les sages pensent que les Fileuses de Brume sont une rĂ©ponse naturelle du monde Ă  l’excĂšs de vacarme. Quand les chants se superposent, quand les villes grondent, quand les voix refusent de s’arrĂȘter
 elles apparaissent.

Elles ne font pas taire par contrainte. Elles absorbent — adoucies par la patience.

📜 Ce que l’on dit à voix basse

On raconte que, dans certains cols, les voyageurs retrouvent un calme si pur qu’ils croient ĂȘtre devenus sourds — puis ils aperçoivent, au bord du monde, une toile pĂąle suspendue entre deux rochers, vibrante d’un silence vivant.

« Si tu entends moins le monde,
ce n’est pas qu’il s’éloigne.
C’est qu’une Fileuse veille. »

Ainsi vivent les Fileuses de Brume : gardiennes invisibles d’un calme fragile, tissant chaque jour un peu de paix dans un monde qui chante parfois trop fort.