Annexe cosmologique

🔹 Kaelgor — Le Forgeron des Mondes

Le Marteau du Ciel, maßtre de la matiÚre, façonneur des corps des Quatre Premiers Dragons et pÚre des Nains : le Primordial de la Forge.

Origine : Kaelrun Nature : Primordial Enfants : Nains Essence : Forge et matiĂšre

🔹 Kaelgor, le Forgeron des Mondes

« Frapper n’est rien.
Savoir jusqu’oĂč frapper est l’ouvrage de toute une vie. »
— Parole attribuĂ©e Ă  Kaelgor

I — Le Marteau du Ciel

Lorsque Kaelrun, la gĂ©ante rouge, fit entendre sa rĂ©sonance parmi les astres, quelque chose s’éveilla dans ses braises. Le mĂ©tal en fusion devint pensĂ©e, la chaleur devint volontĂ©, et la pression des profondeurs trouva une voix.

Ainsi naquit Kaelgor.

Il fut l’un des premiers Primordiaux Ă  contempler le monde avant que celui-ci ne possĂšde vĂ©ritablement la forme qu’on lui connaĂźt aujourd’hui, et les traditions le dĂ©crivent presque toujours comme un gĂ©ant. Lorsqu’il choisissait de se manifester physiquement sur Elserath, il prenait une apparence immense, plus proche d’une montagne ayant dĂ©cidĂ© de marcher que d’un ĂȘtre de chair. Son corps semblait composĂ© d’une matiĂšre sombre traversĂ©e de fissures rougeoyantes, ses Ă©paules formaient des masses presque disproportionnĂ©es et ses mains Ă©taient assez grandes pour saisir des blocs de roche que des centaines de mortels n’auraient pu dĂ©placer.

Lorsqu’il marchait, le sol se souvenait de ses pas. Lorsqu’il frappait, les montagnes rĂ©pondaient.

Kaelgor était le Primordial de la Forge, le maßtre de la matiÚre, celui qui donne une forme à ce qui doit exister.

Le Forgeron des Mondes.

II — Le Maütre de la Matiùre

Pour Kaelgor, la matiĂšre n’était jamais inerte. Il percevait en elle ce que les autres ne voyaient pas et lisait la pierre, le mĂ©tal ou la montagne avec une prĂ©cision qui dĂ©passait de trĂšs loin la simple comprĂ©hension physique.

Dans une roche, il distinguait les lignes de pression, les fractures Ă  venir, les traces laissĂ©es par les anciennes chaleurs et les minerais enfouis dans ses profondeurs. Dans le mĂ©tal, il percevait les tensions que le refroidissement avait figĂ©es. Dans une montagne entiĂšre, il voyait les endroits capables de porter une citĂ© pendant des millĂ©naires et ceux oĂč la structure finirait, tĂŽt ou tard, par cĂ©der sous son propre poids.

La matiĂšre lui apparaissait moins comme un objet que comme un ensemble de possibilitĂ©s. Il pouvait faire couler une roche comme de l’argile puis lui rendre, une fois sa forme obtenue, une duretĂ© supĂ©rieure Ă  celle qu’elle possĂ©dait auparavant. Il pouvait unir des matiĂšres qui, selon les lois ordinaires du monde, auraient refusĂ© de demeurer ensemble, ou extraire le mĂ©tal d’une montagne sans la creuser, simplement en lui indiquant le chemin qu’il souhaitait lui voir prendre.

Pour Kaelgor, façonner ne signifiait donc jamais contraindre aveuglĂ©ment. Cela signifiait comprendre assez profondĂ©ment une matiĂšre pour savoir ce qu’elle pouvait devenir sans cesser d’ĂȘtre elle-mĂȘme.

III — Celui qui descendait dans le monde

Parmi les Primordiaux, Kaelgor est souvent dĂ©crit comme celui qui passa le plus de temps physiquement prĂ©sent sur Elserath. Il aimait la matiĂšre dans ce qu’elle avait de plus concret : son poids, sa rĂ©sistance, sa tempĂ©rature, le son produit par un marteau contre une roche correctement choisie, la maniĂšre dont une structure rĂ©agissait lorsqu’on lui imposait une charge ou qu’on la libĂ©rait d’une tension ancienne.

Il ne se contentait pas de regarder les montagnes se former depuis les hauteurs. Il descendait jusque dans leurs profondeurs. Il ne dĂ©crivait pas une architecture Ă  ceux qui l’entouraient en attendant qu’ils l’exĂ©cutent. Il transportait lui-mĂȘme les premiĂšres pierres.

Lorsque le jeune Elserath dut ĂȘtre stabilisĂ©, Kaelgor participa personnellement Ă  la forme de plusieurs de ses reliefs. Certaines traditions affirment que des chaĂźnes montagneuses entiĂšres portent encore son travail et que certaines vallĂ©es ne sont pas nĂ©es de l’érosion, mais des corrections qu’il imposa Ă  une croĂ»te du monde encore trop instable pour durer.

Kaelgor ne voulait pas seulement que le monde soit beau.

Il voulait qu’il tienne.

IV — Le Forgeron avant le dieu

Parmi les anciens rĂ©cits nains, plusieurs racontent des rencontres au cours desquelles un ancĂȘtre ne reconnaĂźt mĂȘme pas immĂ©diatement son crĂ©ateur. Un inconnu immense apparaĂźt dans une galerie, demande un marteau, travaille plusieurs jours sans cĂ©rĂ©monie particuliĂšre, puis repart comme il Ă©tait venu. Ce n’est qu’aprĂšs avoir observĂ© l’ouvrage laissĂ© derriĂšre lui que les Nains comprennent qui se trouvait rĂ©ellement parmi eux.

Kaelgor n’aimait ni les cĂ©rĂ©monies interminables ni les dĂ©monstrations de dĂ©votion qui empĂȘchaient le travail d’ĂȘtre accompli. Un temple mal construit l’aurait probablement vexĂ© davantage qu’une absence totale de temple. Il aurait prĂ©fĂ©rĂ© une forge entretenue pendant mille ans Ă  une statue gigantesque Ă©levĂ©e en son honneur puis abandonnĂ©e au premier siĂšcle.

Car pour lui, la valeur d’une Ɠuvre ne rĂ©sidait jamais dans l’intention proclamĂ©e par celui qui l’avait construite, ni dans les louanges qui l’accompagnaient au moment de sa naissance.

Elle rĂ©sidait dans ce qu’elle devenait une fois soumise au temps.

V — Les formes qui appelùrent les Anciens

Avant les Nains, Kaelgor participa Ă  l’ouvrage qui devait devenir Ă  la fois l’une des plus grandes rĂ©ussites des Primordiaux et l’une de leurs erreurs les plus terrifiantes.

Les Dragons.

Thal et Kaelgor contemplaient les crĂ©atures dĂ©jĂ  apparues sur Elserath et se demandaient jusqu’oĂč une forme pouvait ĂȘtre poussĂ©e. Quel corps pourrait traverser la tempĂȘte sans ĂȘtre brisĂ© ? Quelle chair pourrait contenir la chaleur des entrailles du monde ? Quelle ossature pourrait porter une crĂ©ature assez vaste pour regarder les montagnes comme des obstacles ordinaires ? Quelle architecture vivante pourrait unir force, mouvement, longĂ©vitĂ© et Chant sans s’effondrer sous sa propre puissance ?

Thal imaginait. Kaelgor donnait une structure Ă  l’impossible. Elyndra, enfin, apportait ce qu’aucune forge ne pouvait produire : le souffle permettant Ă  la forme de devenir vĂ©ritablement vivante.

Ainsi naquirent les premiers Dragons.

Mais les Quatre Premiers furent différents.

Valrûn.

Aelarion.

Ysildren.

NĂȘhalor.

Kaelgor participa Ă  la crĂ©ation de leurs corps et façonna pour eux des structures qu’aucune crĂ©ature naturelle n’aurait pu possĂ©der. Il conçut des os capables de porter des masses absurdes, des organes capables de contenir des puissances qu’aucune chair ordinaire n’aurait supportĂ©es, des architectures vivantes dans lesquelles la matiĂšre, le Chant et la vie pouvaient coexister Ă  des intensitĂ©s jusque-lĂ  inconnues.

Il croyait construire des ĂȘtres.

Il comprit trop tard qu’il construisait peut-ĂȘtre autre chose.

Des formes suffisamment vastes, suffisamment stables et suffisamment parfaites pour que quelque chose, ailleurs dans la profondeur du réel, puisse les remarquer.

Lorsque les quatre corps furent prĂȘts et que le souffle d’Elyndra les traversa, les Primordiaux n’assistĂšrent pas seulement Ă  la naissance de quatre nouvelles crĂ©atures.

Quelque chose répondit.

Quelque chose d’ancien.

Quelque chose qui n’était ni Kaelgor, ni Thal, ni Elyndra.

Peut-ĂȘtre quelque chose qui attendait depuis bien avant leur Ă©veil qu’une forme capable de le recevoir existe enfin.

Les formes forgées par les Primordiaux appelÚrent, et les puissances répondirent. Elles habitÚrent ce qui avait été préparé pour elles.

Lorsque les Quatre ouvrirent les yeux, Kaelgor sut immĂ©diatement qu’il ne regardait plus ses crĂ©ations.

VI — Ceux qui dĂ©passĂšrent leurs crĂ©ateurs

Kaelgor comprit alors qu’il avait participĂ© Ă  l’apparition d’ĂȘtres dont l’existence ne dĂ©pendait plus de sa maĂźtrise. Des ĂȘtres qui excĂ©daient ce qu’il Ă©tait lui-mĂȘme capable de mesurer. Des puissances face auxquelles mĂȘme un Primordial devait renoncer Ă  la certitude d’ĂȘtre supĂ©rieur.

Et cela le terrifia.

Parce que Kaelgor Ă©tait habituĂ© Ă  savoir. Le mĂ©tal avait une limite. La pierre avait une limite. Une montagne avait une limite. MĂȘme lorsqu’une Ɠuvre Ă©tait immense, il pouvait en comprendre la structure, en suivre les contraintes, en prĂ©voir les points de rupture et savoir jusqu’oĂč elle pouvait ĂȘtre poussĂ©e avant de cĂ©der.

Les Quatre furent les premiĂšres choses qu’il regarda en sachant que ses propres mains avaient contribuĂ© Ă  leur donner forme sans que son esprit soit capable d’en embrasser complĂštement la puissance.

Il connaissait leurs os.

Il connaissait la disposition de leurs organes.

Il savait comment leur masse pouvait ĂȘtre portĂ©e, comment leur souffle circulait, comment leur chair avait Ă©tĂ© pensĂ©e pour survivre Ă  des forces qui auraient dĂ©truit presque toute autre crĂ©ature.

Et pourtant, ce qui le regardait derriÚre ces yeux dépassait tout cela.

Il avait façonné les portes.

Puis quelque chose de plus grand que lui les avait franchies.

VII — La terreur du crĂ©ateur

La peur de Kaelgor devant les Premiers Dragons ne fut pas passagĂšre. Elle le transforma profondĂ©ment, parce qu’elle ne venait ni de l’ignorance ni d’une simple impression de danger. Elle venait prĂ©cisĂ©ment du contraire : Kaelgor savait mieux que quiconque ce que leurs corps avaient Ă©tĂ© construits pour supporter, et il comprenait donc mieux que tous ce que signifiait le fait que les puissances qui les habitaient semblaient encore plus vastes que ces rĂ©ceptacles.

Lorsqu’il regardait ValrĂ»n, Kaelgor ne voyait pas seulement une crĂ©ature magnifique. Il voyait une porte qu’il avait ouverte.

Lorsqu’il regardait Aelarion, il voyait une forme dont quelque chose d’impossible avait appris à se servir.

Lorsqu’il regardait Ysildren, il voyait une puissance capable de rĂ©inventer le rĂ©cipient qu’il lui avait offert.

Lorsqu’il regardait NĂȘhalor, il voyait un abĂźme auquel il avait donnĂ© des yeux.

Et Kaelgor, dont la force pouvait transformer les montagnes, dut vivre avec une certitude qu’il n’avait jamais connue auparavant : certaines choses qu’il avait aidĂ© Ă  faire entrer dans le monde Ă©taient devenues plus grandes que la main qui leur avait donnĂ© forme.

VIII — La thĂ©orie qu’aucun sage ne rĂ©pĂšte deux fois Ă  Kar’Drath

Certains Ă©rudits Ă©trangers soutiennent que la petite taille des Nains n’est pas seulement le produit d’un choix pratique de Kaelgor. Elle serait, selon eux, le rĂ©sultat direct de la peur qui suivit la naissance des Quatre Premiers Dragons.

AprĂšs avoir construit des corps gigantesques et dĂ©couvert que ces formes avaient appelĂ© des puissances que mĂȘme lui ne pouvait mesurer, Kaelgor aurait dĂ©veloppĂ© une profonde mĂ©fiance envers l’excĂšs de grandeur. Il aurait compris qu’il avait façonnĂ© trop grand, trop vaste, trop capable de recevoir.

Lorsque vint le moment de crĂ©er ses propres enfants, le Forgeron aurait donc procĂ©dĂ© comme aprĂšs la dĂ©couverte d’un dĂ©faut catastrophique dans une Ɠuvre : il aurait corrigĂ© le principe mĂȘme de sa conception.

Ses fils seraient petits parce que Kaelgor aurait voulu que tout en eux soit plein.

Pas de vide inutile.

Pas d’espace offert à quelque chose d’autre.

Selon les partisans de cette hypothĂšse, les Nains seraient donc l’Ɠuvre d’un Primordial ayant appris avec les Dragons que le plus dangereux dĂ©faut d’une crĂ©ation n’est pas toujours sa fragilitĂ©.

Parfois, c’est de pouvoir contenir trop.

Cette thĂ©orie est rarement exposĂ©e devant les Nains, car elle implique que leur PĂšre les aurait conçus sous l’effet de la peur et que certains traits considĂ©rĂ©s comme fondamentaux dans leur identitĂ© seraient nĂ©s d’une volontĂ© de ne jamais reproduire l’erreur des Premiers Dragons.

Ce à quoi la réponse traditionnelle demeure :

« Il ne nous a pas faits petits.
Il nous a faits assez solides pour ne pas avoir besoin d’ĂȘtre grands. »

La discussion devrait normalement s’arrĂȘter lĂ .

Ceux qui choisissent de la poursuivre dĂ©couvrent parfois que la stabilitĂ© d’un poing nain est Ă©galement remarquable.

IX — Le Forgeron qui ouvrit quatre portes

Kaelgor était le maßtre de la matiÚre. Il pouvait soulever les montagnes, fermer leurs fractures, faire couler la roche et forger des corps capables de supporter des puissances devant lesquelles des peuples entiers auraient été réduits à rien.

Et c’est prĂ©cisĂ©ment pour cette raison que les Premiers Dragons le marquĂšrent aussi profondĂ©ment.

Car il avait accompli son ouvrage Ă  la perfection.

ValrĂ»n, Aelarion, Ysildren et NĂȘhalor reçurent des formes que Kaelgor, Thal et Elyndra avaient contribuĂ© Ă  prĂ©parer. Puis ces formes appelĂšrent, et quatre puissances anciennes rĂ©pondirent.

Des puissances que Kaelgor n’avait pas forgĂ©es.

Des puissances qu’il ne comprenait pas entiùrement.

Des puissances qui dĂ©passaient celui-lĂ  mĂȘme dont les mains leur avaient permis d’entrer dans le monde.

Le Forgeron des Mondes dĂ©couvrit alors quelque chose que peu de crĂ©ateurs accepteront jamais facilement : on peut connaĂźtre chaque partie de son Ɠuvre et ignorer malgrĂ© tout ce qu’elle est devenue.

Lorsqu’il façonna ensuite ses propres enfants, il ne leur demanda pas de devenir les ĂȘtres les plus grands du monde. Il leur donna quelque chose qui lui paraissait dĂ©sormais beaucoup plus prĂ©cieux : une stabilitĂ© assez profonde pour qu’ils n’aient besoin d’aucune force Ă©trangĂšre afin d’ĂȘtre complets, un peuple qui pourrait tenir mĂȘme lorsque son PĂšre ne serait plus lĂ .

Puis vint la Fracture.

Kaelgor disparut.

Les Dragons demeurĂšrent.

Les Nains demeurĂšrent.

Et cette simple opposition raconte peut-ĂȘtre tout ce qu’il apprit.

Il avait un jour contribuĂ© Ă  façonner quatre formes si grandes qu’elles devinrent les portes de puissances qu’il ne pouvait mesurer. Plus tard, il crĂ©a des enfants assez stables pour ne jamais avoir besoin d’ĂȘtre autre chose qu’eux-mĂȘmes.

Kar’Drath tient encore. Ses forges brĂ»lent encore. Les marteaux frappent encore.

Et profondĂ©ment sous la citĂ© demeurent les traces d’un ĂȘtre qui avait assez de force pour modeler le monde, mais qui apprit devant quatre Dragons que mĂȘme le Forgeron des Mondes pouvait crĂ©er quelque chose qu’il avait raison de craindre.

Ainsi demeure Kaelgor.

Le Marteau du Ciel.

Le MaĂźtre de la MatiĂšre.

Celui qui façonna les corps des Quatre et trembla devant ce qui vint les habiter.

PĂšre des Nains.

Le Primordial de la Forge.