Bestiaire — BĂȘtes Ă©tranges

🐚 Le Porte-Rivage

Les Marcheurs de CĂŽte — une Ăźle vivante qui porte une plage entiĂšre, et dĂ©place le littoral comme on dĂ©place un souvenir.

Essence : Marée & mémoire Nature : Colosse paisible Danger : Indirect Trésor : Rivage errant

🐚 Prologue — Le rivage qui marche

On les appelle Porte-Rivages parce qu’ils ne portent pas un territoire : ils sont le territoire en marche.

Sur leurs carapaces monumentales — parfois lisses comme une dalle polie par des siĂšcles de houle, parfois spiralĂ©es comme une conque ancienne — repose un fragment entier de littoral : sable blond ou noir, roches tranchantes, algues vivantes, mares poissonneuses, parfois mĂȘme des ruines Ă  demi englouties.

À distance, un Porte-Rivage peut ĂȘtre pris pour une Ăźle dĂ©rivante. De prĂšs, on comprend que la cĂŽte respire.

🌊 Nature et apparence

Les Porte-Rivages existent sous plusieurs formes, sans qu’aucune ne soit dominante :

Les Carapaciers, massifs et plats, proches des tortues géantes, dont le dos forme une plage douce et stable.

Les Spiraliens, évoquant des escargots colossaux, portant une cÎte en pente, parfois creusée de grottes marines.

Les Fracturés, plus rares, dont la carapace est brisée naturellement en terrasses rocheuses, comme un ancien rivage arraché au monde.

Leur chair n’est ni entiĂšrement animale ni totalement minĂ©rale. Elle mĂȘle peau Ă©paisse, sel cristallisĂ© et veines d’eau lente.

Leur regard, quand il est visible, est ancien, calme — et profondĂ©ment absent.

Un Porte-Rivage peut mesurer plusieurs centaines de mùtres, mais il grandit avec ce qu’il porte : une cîte nourrie par la vie devient plus vaste, plus lourde, plus lente.

🌒 Comportement et dĂ©placement

Les Porte-Rivages ne se déplacent presque jamais sans raison. Ils peuvent rester immobiles des décennies entiÚres, semblables à des caps oubliés.

Quand ils bougent, le monde s’en souvient.

Leur marche est lente, presque imperceptible à l’instant — mais sur des semaines ou des mois, elle suffit à redessiner le littoral :

— un port s’ensable et meurt ;
— une plage naüt au pied d’une ancienne falaise ;
— une baie s’ouvre lĂ  oĂč la mer frappait jadis un mur de roche.

Ils ne suivent pas les courants. Ils obéissent à autre chose.

« La mer ne fuit pas.
Elle dĂ©place ce qu’elle ne peut plus porter. »

Les Lireathi disent qu’ils marchent lorsque la mer devient trop lourde de mĂ©moire.

🐚 Nombre et rĂ©partition

Les Porte-Rivages ne sont ni uniques ni communs.

On estime qu’il en existe quelques dizaines seulement sur l’ensemble des cĂŽtes d’Elserath — jamais groupĂ©s, toujours espacĂ©s comme des silences nĂ©cessaires.

Ils longent principalement :

— les rives de LyssĂ©a,
— certaines zones du Couchant,
— des archipels mouvants qui n’apparaissent sur aucune carte durable.

Deux Porte-Rivages ne se croisent presque jamais. Quand cela arrive, la mer se retire sur des lieues entiùres, comme pour leur laisser de l’espace.

🌑 Relation avec les peuples

Lireathi — Ils les considĂšrent comme sacrĂ©s mais tristes. Aucun Lireathi n’oserait blesser un Porte-Rivage. Certains chantent sur leurs plages, murmurant aux vagues, mais toujours sans tenter de les retenir.

Ils affirment que certains Porte-Rivages portent des noms que la mer a refusĂ© d’oublier.

Autres peuples — La plupart les craignent ou les exploitent Ă  tort : des ports ont Ă©tĂ© bĂątis sur leurs dos — puis perdus ; des royaumes ont cru possĂ©der une Ăźle, avant qu’elle ne se lĂšve et parte ; des cartographes ont disparu en jurant que la cĂŽte les avait trahis.

Les plus sages ont compris une rĂšgle simple : On ne fonde rien sur ce qui peut marcher.

🌊 ÉtrangetĂ© profonde

Un Porte-Rivage n’attaque pas. Il ne dĂ©fend pas. Il dĂ©place.

Certains Ă©rudits pensent qu’ils sont nĂ©s d’Elyndra elle-mĂȘme, des bĂȘtes chargĂ©es d’éviter que le monde ne se fige dans un souvenir unique.

D’autres murmurent qu’ils portent, enfouis sous le sable et les algues, des fragments d’évĂ©nements trop lourds pour la terre ferme : des batailles effacĂ©es, des serments noyĂ©s, des villes que la mer a refusĂ© de garder.

Quand un Porte-Rivage plonge entiĂšrement sous les flots, la cĂŽte qu’il portait disparaĂźt sans laisser de trace — comme si elle n’avait jamais existĂ©.

🐚 Derniùre parole des Lireathi

« Il y a des rivages que l’on visite.
Et d’autres qui partent quand on les regarde trop longtemps.
Ceux-lĂ  marchent,
parce que la mémoire aussi doit parfois changer de place. »