đ Nature et apparence
Thurn-Kael nâest pas une crĂ©ature au sens vivant du terme.
Il est une masse de pierre animĂ©e par une volontĂ© ancienne, un colosse si vaste que les nuages sâaccrochent Ă son dos.
Sa silhouette Ă©voque un gĂ©ant minĂ©ral aux membres lents et massifs, mais son vĂ©ritable corps est indissociable de la montagne quâil porte : strates de roches, veines de minerais, falaises entiĂšres suspendues Ă son Ă©chine.
La pierre qui le compose nâest pas uniforme. On y trouve des couches dâĂąges diffĂ©rents, comme si le monde lui-mĂȘme sâĂ©tait dĂ©posĂ© sur lui au fil des Ăšres.
Certains Nains affirment reconnaĂźtre, dans ces strates, des roches disparues depuis la Fracture du Ciel.
Quand il marche, la terre se tasse, se souvient et se plie.
â§ Marche et empreinte sur le monde
Thurn-Kael traverse Elserath Ă une lenteur presque imperceptible. Un pas peut durer des semaines. Un arrĂȘt, des siĂšcles.
LĂ oĂč il sâimmobilise trop longtemps, le monde change :
â les failles sâĂ©largissent,
â les roches se redressent,
â les collines sâagrĂšgent,
â et une chaĂźne de montagnes finit par naĂźtre, comme si la terre cherchait Ă imiter ce quâelle porte.
Les gĂ©ographes les plus anciens notent que certaines chaĂźnes ne suivent aucune logique tectonique connue. Elles sont alignĂ©es selon dâanciennes trajectoires, figĂ©es aprĂšs le passage du Porte-Montagne.
Ces montagnes ne sont jamais instables. Elles sont lourdes, silencieuses, durables â comme si Thurn-Kael laissait derriĂšre lui un monde plus ancrĂ©, plus grave.
â§ Origine â Lâoutil oubliĂ©
Chez les Nains, une croyance ancienne persiste :
« Thurn-Kael fut un outil de Kaelgor, forgĂ© non pour la guerre, mais pour porter le monde pendant quâil se formait. »
Selon leurs Conteurs, il aurait servi Ă :
â dĂ©placer les masses rocheuses primitives,
â stabiliser les terres encore mouvantes,
â ancrer les continents aprĂšs les premiers cataclysmes.
Lorsque le monde fut jugĂ© « achevĂ© », Thurn-Kael ne reçut pas dâordre de repos. Et ainsi, il marcha encore.
Les Nains ne disent pas quâil a Ă©tĂ© abandonnĂ©. Ils disent quâil a Ă©tĂ© oubliĂ© en marche.
â§ Pouvoirs anciens
Thurn-Kael ne manie ni magie visible ni violence active. Son pouvoir est structurel.
â Il stabilise les failles du monde.
â Il apaise les tremblements profonds.
â Il absorbe certaines dissonances gĂ©ologiques, comme si la pierre en lui savait encore Ă©couter le Chant du Feu Sourd.
On raconte que lĂ oĂč il passe, les volcans deviennent plus rares⊠mais aussi plus terribles, comme si toute la pression retenue cherchait un jour Ă sâexprimer.
Il est incapable de créer ou de détruire volontairement. Il déplace, porte, supporte.
⧠Silence et gémissements
Thurn-Kael ne parle jamais.
Il ne possĂšde ni voix, ni langage, ni intention communicable. Pourtant, certains lâont entendu.
Dans les nuits sans vent, au cĆur des montagnes anciennes, des gĂ©ologues, des Nains, et mĂȘme quelques Lireathi affirment percevoir :
â un gĂ©missement sourd,
â un craquement lent,
â une plainte minĂ©rale profonde.
Ce nâest pas un cri. Câest la roche qui se souvient dâavoir marchĂ©.
Les Nains disent que ce son nâest pas une douleur, mais la fatigue dâun devoir trop long.
â§ Rapport aux peuples
Les Nains le vénÚrent sans le prier. Ils bùtissent parfois à distance de ses anciennes routes, par respect, jamais dessus.
Les Hommes le craignent, car il nâentre dans aucune chronologie humaine.
Les Lireathi le considÚrent comme un exilé du monde solide, frÚre immobile de la mer éternelle.
Les Aelran se taisent en sa prĂ©sence : son silence est trop ancien pour ĂȘtre chantĂ©.
Aucun peuple nâa jamais tentĂ© de lâarrĂȘter. Et aucun ne songe sĂ©rieusement Ă le diriger.
⧠Statut et rareté
Il nâexiste que quelques Thurn-Kael dans tout Elserath â certains disent trois, dâautres cinq. Jamais plus dâune poignĂ©e.
Ils ne se croisent pas. Ils ne se répondent pas. Chacun porte sa montagne, son poids, sa trajectoire oubliée.
Et lorsque lâun dâeux sâarrĂȘtera dĂ©finitivement, les Nains disent que ce jour-lĂ âŠ
« le monde saura quâun Ăąge sâest refermĂ©. »