Bestiaire — Titan tellurique

🜃 Thurn-Kael, le Porte-Montagne

Celui qui marcha quand le monde était encore chaud.

Nature : Colosse minéral Marche : Semaines par pas Trace : Chaßnes nées Origine : Outil oublié

🜃 Nature et apparence

Thurn-Kael n’est pas une crĂ©ature au sens vivant du terme.

Il est une masse de pierre animĂ©e par une volontĂ© ancienne, un colosse si vaste que les nuages s’accrochent Ă  son dos.

Sa silhouette Ă©voque un gĂ©ant minĂ©ral aux membres lents et massifs, mais son vĂ©ritable corps est indissociable de la montagne qu’il porte : strates de roches, veines de minerais, falaises entiĂšres suspendues Ă  son Ă©chine.

La pierre qui le compose n’est pas uniforme. On y trouve des couches d’ñges diffĂ©rents, comme si le monde lui-mĂȘme s’était dĂ©posĂ© sur lui au fil des Ăšres.

Certains Nains affirment reconnaĂźtre, dans ces strates, des roches disparues depuis la Fracture du Ciel.

Quand il marche, la terre se tasse, se souvient et se plie.

✧ Marche et empreinte sur le monde

Thurn-Kael traverse Elserath Ă  une lenteur presque imperceptible. Un pas peut durer des semaines. Un arrĂȘt, des siĂšcles.

LĂ  oĂč il s’immobilise trop longtemps, le monde change :

— les failles s’élargissent,
— les roches se redressent,
— les collines s’agrùgent,
— et une chaüne de montagnes finit par naütre, comme si la terre cherchait à imiter ce qu’elle porte.

Les gĂ©ographes les plus anciens notent que certaines chaĂźnes ne suivent aucune logique tectonique connue. Elles sont alignĂ©es selon d’anciennes trajectoires, figĂ©es aprĂšs le passage du Porte-Montagne.

Ces montagnes ne sont jamais instables. Elles sont lourdes, silencieuses, durables — comme si Thurn-Kael laissait derriĂšre lui un monde plus ancrĂ©, plus grave.

✧ Origine — L’outil oubliĂ©

Chez les Nains, une croyance ancienne persiste :

« Thurn-Kael fut un outil de Kaelgor, forgĂ© non pour la guerre, mais pour porter le monde pendant qu’il se formait. »

Selon leurs Conteurs, il aurait servi Ă  :

— dĂ©placer les masses rocheuses primitives,
— stabiliser les terres encore mouvantes,
— ancrer les continents aprùs les premiers cataclysmes.

Lorsque le monde fut jugĂ© « achevĂ© », Thurn-Kael ne reçut pas d’ordre de repos. Et ainsi, il marcha encore.

Les Nains ne disent pas qu’il a Ă©tĂ© abandonnĂ©. Ils disent qu’il a Ă©tĂ© oubliĂ© en marche.

✧ Pouvoirs anciens

Thurn-Kael ne manie ni magie visible ni violence active. Son pouvoir est structurel.

— Il stabilise les failles du monde.
— Il apaise les tremblements profonds.
— Il absorbe certaines dissonances gĂ©ologiques, comme si la pierre en lui savait encore Ă©couter le Chant du Feu Sourd.

On raconte que lĂ  oĂč il passe, les volcans deviennent plus rares
 mais aussi plus terribles, comme si toute la pression retenue cherchait un jour Ă  s’exprimer.

Il est incapable de créer ou de détruire volontairement. Il déplace, porte, supporte.

✧ Silence et gĂ©missements

Thurn-Kael ne parle jamais.

Il ne possùde ni voix, ni langage, ni intention communicable. Pourtant, certains l’ont entendu.

Dans les nuits sans vent, au cƓur des montagnes anciennes, des gĂ©ologues, des Nains, et mĂȘme quelques Lireathi affirment percevoir :

— un gĂ©missement sourd,
— un craquement lent,
— une plainte minĂ©rale profonde.

Ce n’est pas un cri. C’est la roche qui se souvient d’avoir marchĂ©.

Les Nains disent que ce son n’est pas une douleur, mais la fatigue d’un devoir trop long.

✧ Rapport aux peuples

Les Nains le vénÚrent sans le prier. Ils bùtissent parfois à distance de ses anciennes routes, par respect, jamais dessus.

Les Hommes le craignent, car il n’entre dans aucune chronologie humaine.

Les Lireathi le considÚrent comme un exilé du monde solide, frÚre immobile de la mer éternelle.

Les Aelran se taisent en sa prĂ©sence : son silence est trop ancien pour ĂȘtre chantĂ©.

Aucun peuple n’a jamais tentĂ© de l’arrĂȘter. Et aucun ne songe sĂ©rieusement Ă  le diriger.

✧ Statut et raretĂ©

Il n’existe que quelques Thurn-Kael dans tout Elserath — certains disent trois, d’autres cinq. Jamais plus d’une poignĂ©e.

Ils ne se croisent pas. Ils ne se répondent pas. Chacun porte sa montagne, son poids, sa trajectoire oubliée.

Et lorsque l’un d’eux s’arrĂȘtera dĂ©finitivement, les Nains disent que ce jour-là


« le monde saura qu’un Ăąge s’est refermĂ©. »