Bestiaire — Anomalie vĂ©gĂ©tale

đŸŒČ Obscure-SĂšve

L’Arbre venu d’Ailleurs, DĂ©voreur d’Âmes — il promet un repos si parfait qu’il finit par remplacer la volontĂ©.

Nature : VĂ©gĂ©tal / Ă©tranger Effet : RĂȘves parfaits Prix : LumiĂšre volĂ©e Danger : Servitude

🜏 Les Racines d’Obscure-SĂšve — L’Arbre venu d’Ailleurs, DĂ©voreur d’Âmes

Il existe, quelque part entre les forĂȘts mouvantes de Virelia et les lisiĂšres poussiĂ©reuses du Couchant, une clairiĂšre que les cartes refusent de retenir.

Les sentiers y meurent, reviennent, s’effacent d’une saison Ă  l’autre. MĂȘme les Wyveriens — qui sentent la sĂšve comme d’autres sentent la pluie — ne prĂ©tendent jamais la retrouver deux fois.

Au centre, immobile et obstinĂ©, se dresse un arbre noir, massif, Ă©tranger, dont l’écorce lisse ressemble Ă  de la pierre vivante et dont les racines battent, lentement, comme un cƓur sous la terre.

Les anciens le nomment Obscure-SĂšve, car la lueur de sa sĂšve n’est pas lumiĂšre, mais imitation de lumiĂšre, comme un reflet d’une nuit qui n’a jamais connu d’étoiles.

✧ Origine — L’Être venu d’Ailleurs

Personne ne sait d’oĂč il vient. Aucun peuple ne l’a vu pousser. Aucun chanteur aelran n’entend sa note. Aucune mĂ©moire lireathi ne retrouve son Ă©cho.

Les seuls murmures sûrs disent ceci :

« Il n’est pas nĂ© d’Elyndra.
Il ne chante pas.
Il imite. »

Il serait venu d’un ailleurs que mĂȘme les Primordiaux n’ont jamais nommĂ©, glissĂ© dans le monde comme une Ă©pine d’ombre tombĂ©e d’un ciel Ă©tranger.

Outre-mer, les dragons Sylvains affirment qu’il n’a jamais existĂ© dans leurs forĂȘts sacrĂ©es : sa prĂ©sence seule les aurait offensĂ©s.

✧ La malĂ©diction des rĂȘves parfaits

Dormir sous son ombre, c’est rĂȘver d’un monde irrĂ©el : un lieu clair, apaisĂ©, oĂč aucune perte n’existe.

Mais au rĂ©veil, un fragment de lumiĂšre manque : une promesse, une joie d’enfance, un Ă©clat de volontĂ©.

Obscure-Sùve se nourrit ainsi. Ses racines avalent les instants heureux que l’on ne sait plus nommer.

Les Lireathi le craignent, car sa faim ne laisse aucune trace dans la mer.

✧ Les fruits d’Obscure-SĂšve — Les Offrandes du NĂ©ant

Dans de rares nuits moites, l'Arbre Noir fait pousser des fruits noirs, glacĂ©s au toucher, dont la surface semble reflĂ©ter tout ce que l’on regrette.

Ils n’ont ni odeur, ni sùve. Mais ceux qui les voient disent qu’ils sentent
 une promesse.

On raconte ceci :

« Quiconque goĂ»te un fruit d’Obscure-SĂšve
ne vit plus pour rien d’autre. »

La premiĂšre bouchĂ©e est douce, amer-sucrĂ©e, Ă©lectrique comme un souvenir d’enfance qu’on croyait perdu.

La seconde est un vertige. Un retour Ă  ce rĂȘve parfait qu’on avait cru inventĂ©.

La troisiÚme
 fait disparaßtre la volonté.

Ces fruits ne nourrissent pas. Ils remplacent.

Ils ne guérissent pas. Ils accrochent.

Ils laissent dans la gorge le goût exact du fragment de lumiÚre que l'Arbre a dévoré.

Et le mortel ainsi piĂ©gĂ© ne cherche qu’une chose : un autre fruit. Un autre rĂȘve. Un autre oubli.

✧ Les Porteurs d’Ombre — Les Serviteurs malgrĂ© eux

Mais l'Arbre Noir ne donne jamais deux fois. Pas gratuitement.

Car un fruit ne naßt que lorsqu'Obscure-SÚve a dévoré une lumiÚre nouvelle.

C’est pourquoi ceux qui ont goĂ»tĂ© se mettent Ă  errer dans les forĂȘts, Ă  Ă©couter les pas, Ă  flairer les campements, Ă  attendre les voyageurs isolĂ©s.

Pas par cruauté. Pas par mal. Par besoin.

Ils deviennent les Porteurs d’Ombre, ceux qui nourrissent l'Arbre pour qu’il leur donne un nouveau fruit.

Certains livrent des animaux. D’autres des Ăąmes fatiguĂ©es. D’autres
 des proches.

Car chaque offrande fait battre les racines plus vite, fait vibrer le tronc, fait pousser un nouveau fruit.

Une nouvelle dose de rĂȘve. Une nouvelle piĂšce de leur propre joie sacrifiĂ©e.

✧ Les fleurs du silence

Parfois, lorsque les fruits sont nombreux et les offrandes trop fraßches, l'Arbre Noir « fleurit ».

Les pĂ©tales translucides vibrent d’un murmure presque-musical, oĂč certains jurent reconnaĂźtre des rires d’enfants, des mots d’amour, ou le son d’une promesse qu’ils n’ont jamais tenue.

Si on arrache une fleur, elle se fane en disant votre nom, comme si elle venait de vous goûter.

✧ Et les Wyveriens murmurent :

« Obscure-SÚve ne grandit pas.
Il attend.
Et chaque fruit est un pas vers quelque chose
que mĂȘme la forĂȘt ne veut pas connaĂźtre. »