⚙️ Chapitre XV : L’Âge des Cités d’Acier (590–740 ESR)
« Le monde recommençait à chanter — mais certains choisirent de répondre par le fer. »
— Chroniques de Cendracier
Lorsque l’écho du Premier Silence se dissipa, Elserath entra dans une ère nouvelle. La magie n’avait pas disparu, mais elle n’était plus digne de confiance. Le Chant survivait, fragile, instable — et certains peuples décidèrent qu’il ne serait plus jamais leur fondation.
⚙️ Les Cendrés — Les Forgerons du Fer Silencieux
Les Cendrés firent un choix radical : ils rejetèrent toute magie, sans exception.
À leurs yeux, chaque catastrophe du passé portait la même faute originelle — avoir confié le réel à des forces impossibles à contraindre. Ils jurèrent alors que plus jamais leur avenir ne dépendrait du Chant, de la Source, ni d’aucune volonté invisible.
Ils fondèrent Cendracier, capitale de fer et de logique, dressée comme une forteresse de raison pure. Ses tours d’acier noir, ses galeries mécaniques et ses plateformes mobiles ne devaient rien à la magie : tout y fonctionnait par calcul, pression, chaleur et mouvement.
Les Cendrés mirent au point les Arches de Fer — structures massives capables de relier instantanément deux points du monde sur quelques kilomètres. Stables. Précises. Absolument dénuées de magie. Elles n’avaient ni éclat ni mystère, mais jamais elles ne trahissaient.
Ils perfectionnèrent également les Silencieux — héritiers des créations des Dissidents Gris. Plus élégants, plus autonomes, conçus non pour la guerre mais pour libérer l’homme du labeur répétitif.
À l’origine de cette cité se tenait Solenne d’Oracier, fondatrice et matriarche de Cendracier.
Elle transforma la ville en une citadelle de logique absolue. Sous son règne fut gravé le principe fondateur :
« Nul Cendré ne sera jamais esclave de la magie, ni serviteur du destin. »
Solenne mourut debout, entourée de ses machines silencieuses, le regard fixé vers un avenir sans ombre.
⚡ Les Skayans — Les Maîtres de l’Orage Contraint
Chez les Skayans, le tonnerre ne répondait plus vraiment aux prières.
Même après la guerre, la foudre demeurait capricieuse : violente, instable, parfois sourde aux Voix du Ciel elles-mêmes. Les éclairs pouvaient guérir… ou dévaster sans avertissement.
Conscients du danger, les Skayans comprirent qu’ils ne pouvaient plus compter uniquement sur le Chant. Avec l’aide des Cendrés, ils apprirent à maîtriser l’orage autrement.
Par rouages, condensateurs et structures mécaniques, ils conçurent les premières Chambres d’Orage : des installations entièrement dénuées de magie, capables de créer, canaliser et redistribuer la foudre.
Ces chambres devinrent le cœur énergétique des cités skayanes et cendrées. La foudre n’était plus invoquée — elle était produite.
Ainsi, les Skayans cessèrent d’implorer le ciel. Ils apprirent à le comprendre.
🩸 Les Orcs — Les Bâtisseurs de Thrak’Kor
Des steppes d’Ormarr s’éleva une cité unique : Thrak’Kor, la Cité aux Mille Feux.
Unique, car elle est la seule cité fixe des Orcs.
Après des âges de nomadisme et de guerre, ils choisirent un point du monde pour y ancrer leur renaissance. Chaque maison y est une forge. Chaque flamme, un foyer.
Le métal y chante jour et nuit, nourri par la mémoire et le serment. Les clans s’y rassemblent pour forger non seulement des armes, mais des vies, des alliances et des promesses.
Thrak’Kor n’est pas une forteresse de conquête. C’est un cœur battant.
🎼 Les Héritiers du Chant — Les Voix de la Mémoire
C’est à cette époque qu’apparut un ordre nouveau : les Héritiers du Chant.
La première d’entre eux fut connue sous un seul titre : la Mère des Mille Noms.
Son nom fut volontairement effacé — non par honte, mais par serment. Elle refusa que son identité importe plus que les récits qu’elle portait.
Elle parcourut le monde pour sauver les histoires menacées d’effacement. Elle grava, chanta, murmura, recopia — jusqu’à faire de sa vie une mémoire incarnée.
Ni mages ni prêtres, les Héritiers du Chant devinrent les gardiens des récits. Poètes, moines et chroniqueurs, ils recueillent les histoires des peuples, gravent les noms de ceux que le monde oublie, et préservent la vibration de la Source dans les mots.
Ils entretiennent un lien sacré avec les Orcs, dont ils admirent la franchise du souvenir et la pureté du serment. Nombre d’entre eux vivent à Thrak’Kor, où ils consignent les légendes et les chants du feu.
« Là où un récit survit, le monde ne disparaît jamais tout à fait. »
🌌 Conclusion — Le Monde Reforge
Ainsi s’enracina l’Âge des Cités d’Acier.
Un âge où le fer répondit au Chant, où la mémoire devint un pilier, et où certains peuples choisirent de bâtir sans jamais s’agenouiller devant l’invisible.