📜 Lore canon d’Elserath — Guerre d’Astral 📜

Chapitre XI : Les Batailles du Verre et de la Cendre (488–511 ESR)

Ces années furent l’apogée de la dévastation.

Le monde tout entier devint un champ de miroirs, de tonnerre et de sang.

Les cieux s’ouvraient, les montagnes se fendaient, et les mers reflétaient les éclats de guerre comme des astres brisés.

⚡ La Bataille des Trois Nuages (493 ESR)

“Ce jour-là, le tonnerre eut trois voix — et aucune ne voulut se taire.”
— Chronique des Voix du Ciel, fragment gravé sur le pic d’Orlenn

Elle fut la première grande bataille aérienne de la Guerre d’Astral, et l’une des plus terribles.

Les Skayans, alliés des Dissidents Gris, avaient juré de couper toute communication entre les cités humaines d’Altherion et les forteresses naines de Kar’Drath. Pour cela, ils invoquèrent trois orages titanesques, reliés entre eux par des arcs d’énergie pure : trois cœurs de tempête formant un triangle parfait au-dessus des plaines d’Or.

Le ciel se fit nuit d’azur et d’argent. La lumière du soleil s’éteignit sous un voile d’éclairs. Les nuages tourbillonnaient comme des roues de lumière, hurlant un chant d’énergie brute. Sous eux, les armées humaines — Convergents et Nains — tentaient de maintenir les lignes, leurs bannières fouettées par les vents.

Les Voix du Ciel, les prêtres Skayans, planaient au-dessus des nuées, portés par leurs ailes d’orage. Chaque mot de leur prière appelait la foudre ; chaque silence libérait un cyclone. Ils frappaient avec la précision du Chant, abattant les dragons de verre, pulvérisant les tours d’éther et fondant les golems nains. Le tonnerre se faisait marteau, et le vent, glaive.

Mais les Paladins Runiques tinrent.

Sous leurs armures d’acier incandescent, ils avançaient dans la tempête comme des montagnes en marche. Ils plantaient dans le sol leurs marteaux d’ancrage, runés pour absorber la foudre et la détourner vers les profondeurs de la terre. À chaque impact, la plaine vibrait d’un grondement ancien — celui du Feu Sourd, réveillé par la guerre. Alors, le commandant des Voix du Ciel, Tarl’Vaen l’Orageux, ordonna de réunir les trois cœurs de tempête.

Les vents s’unirent, les éclairs se croisèrent, et le ciel hurla d’une seule voix. Un rayon d’or, plus large qu’une tour, frappa la plaine et la mer tout ensemble. L’onde de choc souleva l’océan, pulvérisa les pics environnants, et creusa un gouffre incandescent qui devint plus tard la Baie du Tonnerre.

Quand les vents se turent, il ne resta qu’un silence de verre et de cendre. Des milliers d’armures fumantes, des ombres figées dans la pierre fondue.

Les Skayans avaient remporté la victoire, mais à un prix terrible : la moitié de leurs prêtres perdirent la voix, et leurs cités flottantes furent marquées à jamais par la brûlure de leurs propres éclairs.

Depuis, les Skayans disent :

“Trois nuages, trois prières, un monde brisé.”

Et dans les nuits d’orage, ceux qui écoutent prétendent encore entendre dans la foudre les derniers mots de Tarl’Vaen :

“Que le ciel se souvienne de nous.”

⛏️ Le Siège de Kar’Drath (495 ESR)

Les Dissidents Gris, forts de leurs légions de Silencieux et de Bêtes d’Acier, marchèrent sur les montagnes du Nord. Leur objectif était clair : éteindre la Forge Primordiale et briser le dernier feu djinn qui brûlait sous la terre.

Mais les Nains étaient prêts.

Les Paladins Runiques et les Golems formèrent une muraille d'acier, une ligne de cent-cinquante guerriers aux armures gravées de runes vivantes et de deux cents colosses d'acier. Leurs marteaux résonnaient à l’unisson du Feu Sourd, projetant des ondes de chaleur et de force qui faisaient éclater les chœurs métalliques des Silencieux. Chaque coup était un tonnerre, chaque pas un séisme.

Les Bêtes d’Acier déferlèrent dans les tunnels, hurlant leur mécanique rage. Mais les Nains inversèrent les Lignes de Feu : les galeries se changèrent en fleuves de lave, et les machines fondirent sous leurs propres cris. Les Chœurs Froids hurlèrent pour figer la magie — mais les runes d’ancrage absorbèrent leur chant, le renvoyant contre eux sous forme d’ondes brûlantes.

Quand la bataille prit fin, Kar’Drath tenait encore.

Les forges vibraient, les marteaux sonnaient, et le dernier feu djinn brûlait toujours.

Les Dissidents laissèrent sur les pentes des milliers de carcasses de métal et d’obsidienne — Et les Nains gravèrent dans la roche :

“Nous brûlons pour ne pas tomber.”

☀️ La Bataille du Soleil Noir (495 ESR)

“Ce jour-là, même la lumière détourna le regard.”
— Fragment anonyme du Codex d’Obsidienne

Dans les Steppes d’Ormarr, les Dissidents Gris déployèrent leur création ultime : le Soleil Noir.

Une sphère d’énergie inversée, ceinte d’un anneau de runes lunaires, suspendue au-dessus de leurs armées. Sa lumière n’éclairait pas — elle effaçait. Les ombres s’étiraient, le ciel se plissait, et les montagnes elles-mêmes semblaient se reculer.

Les Convergents, horrifiés, tentèrent d’arrêter l’arme par une convergence triple de Rayons Astral. Mais leurs tirs se brisèrent contre la sphère sans même la toucher.

Les Skayans, depuis leurs cités d’orage, virent le ciel se vider de toute couleur. Et lorsque le Soleil Noir s’ouvrit, un souffle glacé traversa le monde. Les corps, la pierre, la magie — tout fut dissous dans une clarté obscure. Les forêts s’effondrèrent en poussière translucide, les fleuves se figèrent, et les esprits des morts s’éteignirent sans cri.

Le sol devint lisse comme du verre, les ruines se changèrent en silhouettes d’ombre, et le silence tomba, parfait.

Pendant trois jours, aucun oiseau, aucune voix ne se fit entendre sur mille lieues à la ronde. Ce que le Soleil Noir avait touché, rien ne le rappela jamais.

Les Dissidents saluèrent leur œuvre, mais même parmi eux, beaucoup reculèrent d'effroi. Car ils venaient de comprendre qu’ils avaient créé non pas une arme, mais une absence.

“Le Néant n’avait jamais eu de visage — ils lui en donnèrent un.”

🔥 La Bataille de la Muraille Ardente (497 ESR)

“Ce jour-là, la cendre devint lumière, et la lumière se fit justice.”
— Fragment des Chroniques d’Ormarr, Chant du Feu Fraternel

Lorsque les Dissidents Gris activèrent pour la seconde fois le Soleil Noir, le ciel se mit à hurler.

Le jour se plia sur lui-même, et la lumière s’effaça dans un abîme inversé. Les mers frémirent, les montagnes gémirent — et les cœurs des mortels vacillèrent.

Mais dans les steppes d’Ormarr, Tharok, héritier de Rokhan Fils-de-la-Cendre, leva son marteau vers le ciel. Autour de lui, le sol vibrait sous les pas des clans rassemblés : La mémoire du feu et l’écho du serment ancien. Alors, il prononça les mots qui n’avaient jamais été dits :

“Frères du feu, le monde brûle sans flamme. Venez.”

Et le ciel lui répondit.

Des nuages rouges s’ouvrirent comme des plaies, et les Dragons de Cendre surgirent, leurs ailes soulevant des ouragans de braise.

À leur tête volait Valrûn, dont les écailles sombres reflétaient le souvenir des volcans endormis.

Son rugissement fendit la lumière du Soleil Noir, et le monde entier sembla s’incliner sous sa voix.

Alors commença la Muraille Ardente. Les Dragons de Cendre soufflèrent un feu ancien, non pour consumer, mais pour dévorer la lumière impure. Leur brasier forma un mur vivant — un océan de braises inversées, où le feu semblait boire la clarté au lieu de la répandre. Les éclairs des Skayans s’y perdaient, les flèches de verre noir s’y dissolvaient comme des ruisseaux dans le magma.

Tharok, porté sur le dos de Valrûn, volait au-dessus du front, son marteau incandescent battant le rythme du Feu Sourd. Chaque coup frappé faisait vaciller la sphère noire, et chaque rugissement du dragon en arrachait un fragment.

Alors, du cœur même des flammes, les Dragons de Cendre parlèrent d’une seule voix.

Leur souffle fit ployer le ciel et trembler la terre.

“Mortels des tours grises, entendez !
Vous avez façonné la lumière pour qu’elle dévore le monde.
Si jamais vous osez rallumer ce soleil sans âme,
Nous descendrons, et ferons taire jusqu’à vos noms.
Le feu nous obéit — mais nous ne le trahirons jamais.”

Le tonnerre cessa.

Les Dissidents Gris baissèrent la tête, car même leurs machines et leurs chœurs froids se turent sous ce jugement.

Alors le ciel se brisa. Le Soleil Noir, incapable de supporter la puissance du Chant mêlé du feu et du Souffle, implosa silencieusement, comme s’il avait compris qu’il n’avais jamais été vivant.

Quand le vent se calma, il ne restait plus qu’un crépuscule doré sur les steppes. La terre, vitrifiée, portait encore la trace des flammes — non en cendres, mais en reflets mouvants. Tharok posa le marteau, et Valrûn abaissa la tête, son regard brûlant d’un éclat ancien.

Aucune parole ne fut échangée.

Les deux frères de feu contemplèrent l’horizon, et le monde, pour un instant, respira de nouveau.

Les Dissidents Gris ne reparlèrent plus jamais du Soleil Noir.

Et les Dragons de Cendre retournèrent vers leurs volcans, sans se retourner.

“Ce jour-là, les cendres apprirent à chanter.”

🩸 La Bataille de Vael’Dorn — La Plaine Rouge (499 ESR)

À Vael’Dorn, les Dissidents Gris, épaulés par les Skayans, affrontèrent les Convergents et leurs alliés Nains.

Dix jours durant, la foudre se mêla au feu et à la pierre : les tempêtes skayanes martelaient les lignes, mais les Rayons Astral des Convergents fauchaient des régiments entiers ; les Paladins Runiques nains, cuirassés d’inscriptions de braise, traversaient les orages sans fléchir, tandis que les Chœurs Froids et les Silencieux des Dissidents tenaient le front d’acier.

Peu à peu, l’alliance des Dissidents et des Skayans plia : Les lames d’énergie pure déchiraient les cieux, les Lignes de Feu naines coupaient la plaine comme des veines ardentes, et les Dragons de Verre des Convergents fondaient et se reforgaient dans l’air incandescent.

Tout semblait perdu, lorsque du nord descendirent les Orcs du Couchant. Ils frappèrent du poing leur cœur et déchaînèrent l’Ormah’dur, la flamme vivante.

Aucune illusion ne les détourna, aucun feu ne les ralentit, aucun acier ne les arrêta.

Ils chargèrent en hurlant :

“Voici le vrai feu — celui qui ne forge ni ne construit, mais qui brûle !”

Et la terre trembla sous leurs pas.

Les dragons de verre volèrent en éclats, les lignes convergentes se rompirent, et la foudre des Skayans dansa autour d’eux comme pour saluer leur rage. Même leurs alliés, Skayans et Dissidents, furent saisis d’effroi devant cette fureur sans pitié, née de la mémoire des Titans.

Trois jours plus tard, la plaine entière baignait dans le sang. Depuis, Vael’Dorn est dite la Plaine Rouge :

La terre y garde non la teinte d’une victoire, mais celle d’un carnage. Et ceux qui y dorment font des cauchemars de tonnerre et de braise.

“Ils ont rappelé à tous le prix de la guerre.”

🩸 La Bataille du Trône de Verre (501 ESR)

“Nul ne sut qui d’eux rugissait le plus fort —
Le dragon, ou l’homme.”
— Fragments du Chant d’Ormarr, gravés sur la Pierre Rouge d’Arkar’Dûn

Après la Muraille Ardente, le monde croyait le feu apaisé. Mais les Dissidents Gris, consumés par leur orgueil blessé, rêvèrent d’une vengeance assez vaste pour effacer la honte de leur défaite.

Des légions d’acier, d’ombres et de verre marchèrent vers les steppes du Sud, guidées par les Chœurs Froids et les cités volantes des Skayans. Là, dans les plaines vitrifiées où le Soleil Noir s’était effondré, ils bâtirent un bastion immense : Le Trône de Verre, une forteresse de lumière figée, dressée comme une plaie au ciel. C’était un soleil captif, nourri de calcul froid.

Les Convergents, dispersés, maintenaient le flux des Arches pour qu’elles ne brisent pas le Chant.

Les Nains, repliés dans Kar’Drath, apaisaient les forges blessées.

Aucun d'eux ne pouvait répondre.

Mais les Orcs — eux — n’avaient pas faibli. Le feu ne meurt pas de lassitude.

Il s’attise.

Tharok, héritier de Rokhan Fils-de-la-Cendre, entendit l’appel du tonnerre, et dans les volcans du Couchant, Valrûn, Dragon des Cendres, ouvrit les yeux.

Alors, à eux seuls, ils partirent.

Le Trône de Verre resplendissait à l’horizon comme un soleil d’hiver. Devant lui s’étendaient cent mille combattants : Machines, dragons de verre, ages des Dissidents, et prêtres skayans au cœur de foudre. Ils attendaient.

Valrûn s’éleva, traçant un sillage de braises. Tharok, debout sur son dos, brandit le marteau de Rokhan, dont la tête vibrait au rythme du Feu Sourd. Le rugissement du dragon se mêla au cri du marteau, et le monde se fendit d’une cicatrice de feu et de vent.

Les premières vagues d’ennemis furent balayées d’un seul souffle : Le feu de Valrûn consumait les dragons de verre, leur ôtant jusqu’à leur chant. Ils fondaient en éclats muets, comme si la honte refusait d’en laisser trace.

Les prêtres skayans déchaînèrent la foudre — Mais chaque éclair glissa sur les écailles du dragon comme une pluie sur la lave. Et Tharok, frappant dans la lumière, répondit d’un seul cri :

“Nous sommes la cendre qui veille,
Pas celle qui s’éteint !”

Les légions métalliques avancèrent, Leurs chœurs froids hurlant du Néant.

Alors Valrûn piqua du ciel, s’abattant comme un météore.

Son souffle brisa la plaine, et la pierre fondue devint rivière.

Dans ce torrent rouge, Tharok bondit du dos du dragon, marteau en main, et frappa le sol. Le choc fit éclater les calculs gravées dans le Trône de Verre : La lumière elle-même cria. Les silhouettes fondirent, les chants cessèrent, et seule la respiration du monde demeura.

Quand le silence tomba, il ne restait plus rien debout. Le Trône s’était effondré, non brisé, mais vidé de toute lumière. Et au-dessus de ses ruines, Valrûn planait encore, ses ailes éclatant de braises, tandis que Tharok, agenouillé, plantait son marteau dans la cendre.

Il dit seulement :

“La flamme n’appartient à personne.”

Puis il leva les yeux vers Valrûn. Le dragon inclina la tête, lentement, et ensemble ils s’élevèrent dans le ciel du soir. Nul ne les revit dans les batailles suivantes.

Mais les Orcs racontent encore que, par nuits d’éclairs et de feu, une ombre ailée traverse le ciel, suivie d’une lueur rouge qui bat comme un cœur.

🕊️ Appendice : Le Trône de Verre — Nature et dessein

Le Trône de Verre n’était pas une forteresse ordinaire, mais une inversion de la création, le dernier défi des Dissidents Gris au Chant du monde.

Sous sa base, ils avaient ancré treize Chœurs Froids, chaque chœur inversant un fragment du Chant primordial. Leur résonance produisait un champ de silence absolu — Une anti-mélodie capable d’annuler toute magie chantée, y compris celles des Convergents, des Skayans et même des Dragons.

Leur dessein était de figer la réalité elle-même, de créer un monde où la lumière ne chanterait plus, où tout serait fixe, parfait, et mesurable.

“Ils voulurent ôter la voix au monde,
Pour que la raison parle seule.”
— Chronique de Kar’Drath, Chant du Néant Blanc

Mais le Trône était une erreur de nature : Un miroir dressé contre la Source. S’il avait atteint sa pleine résonance, le Chant du monde aurait pu s’éteindre — Jusqu’au Feu Sourd de Kar’Drath. La chute du Trône, provoquée par Tharok et Valrûn, sauva le monde d’une fin sans souffle. Les Aelran la décrivirent plus tard comme :

“L’instant où la lumière voulut cesser d’aimer.”

Et depuis ce jour, dans les traditions orcs, la victoire du Trône de Verre est contée non comme une guerre, mais comme le moment où le feu refusa d’oublier qu’il était vivant.

⚔️ La Brèche d’Urh-Mael — Première Marche de Kha’Ruun (503 ESR)

« Le feu n’annonce pas toujours la guerre. Parfois, il est la guerre. »
— Chroniques croisées de l’Ère du Chant Orphelin

Lorsque la Guerre d’Astral gagna les terres fracturées d’Urh-Mael, les éclaireurs skayans parlèrent d’un orc qui ne chargeait pas.

Il avançait.

La Brèche d’Urh-Mael était un nœud stratégique : un gouffre de roche fendue où les Dissidents Gris avaient installé des batteries de calcul et des plates-formes d’artillerie sèche, sans Chant, sans prière. Les Skayans tenaient les hauteurs, prêts à foudroyer toute percée. La tempête était en place. Le ciel attendait un ordre.

Puis Kha’Ruun Brise-Tonnerre entra dans la brèche.

Son Ormah’Dur s’embrasa d’un rouge sombre, strié de blanc — non comme une flamme vive, mais comme un cœur en fusion. La chaleur fit gémir la pierre. Là où il posait le pied, la roche se fissurait. Là où il levait le bras, l’air se consumait.

Les premiers Skayans frappèrent.

La foudre s’abattit — nette, violente.

Kha’Ruun leva l’avant-bras.

Le feu absorba l’éclair.

La décharge se tordit, vira au bleu puis au blanc, et fut rejetée en une onde de choc incandescente qui pulvérisa trois guerriers skayans et projeta leurs corps contre la paroi. Les chants se brisèrent. Le ciel hésita, surpris par ce qu’il venait de voir.

Kha’Ruun accéléra.

Il entra dans les lignes skayanes comme une masse vivante. Sa hache traçait des arcs de feu pur ; chaque coup écrasait un corps, faisait fondre une arme, réduisait un chant à un cri. Les ailes n’offraient aucun avantage : la chaleur arrachait l’air lui-même. Ceux qui tentaient de prendre de la hauteur chutaient, leurs plumes calcinées avant d’avoir pu battre.

Les Dissidents Gris ouvrirent le feu.

Projectiles cinétiques, Flèches de Verre Noir, Balistes de Lune — tout frappa Kha’Ruun en même temps. Les calculs étaient parfaits. La théorie, irréprochable.

La pratique brûla.

L’Ormah’Dur rugit, et le brasier se fit bouclier. Les projectiles se vaporisèrent. Les champs se fissurèrent. Kha’Ruun traversa l’averse de métal et de verre comme on traverse une pluie tiède. Il saisit une plate-forme de tir à mains nues et l’arracha de ses ancrages, l’écrasant contre le sol avec ses opérateurs encore attachés.

Le paysage céda.

La brèche devint un enfer de flammes, de vents brisés et de débris fondus. Skayans et Dissidents mouraient côte à côte, écrasés par la puissance brute d’un seul être. Les chants se turent. Les calculs cessèrent.

Quand enfin le feu se calma, Kha’Ruun se tenait seul au centre de la brèche. Autour de lui, des corps, des ruines, et une pierre vitrifiée. Il regarda le ciel une seconde — sans défi, sans prière — puis tourna les talons.

Ce jour-là, les survivants skayans rapportèrent une phrase simple :

« Ce n’était pas une charge.
C’était une démonstration. »

Et dans les rapports des Dissidents Gris, une note fut ajoutée, sèche, sans emphase :

« Hypothèse confirmée :
l’Ormah’Dur, utilisé sans retenue, dépasse toute modélisation connue.
Recommandation : éviter l’engagement direct. »

Ainsi se fit la première apparition de Kha’Ruun Brise-Tonnerre.

Avant qu’Eld’var ne le rencontre.

Avant que la plaine ne brûle sous deux volontés capables de faire trembler le ciel lui-même.

⚡ Les Cages de Verre Chantant (505 ESR)

« Elle n’eut pas besoin d’ailes pour atteindre le ciel. »
— Chant d’Altherion, Fragment XII : Les Fulgurances

Lorsque la Guerre d’Astral se hissa jusqu’aux cieux, les Convergents élevèrent sur les crêtes d’Aen’Thar un réseau d’armes de verre et de lumière : les Cages de Verre Chantant.

Des tours cristallines, accordées par calcul et résonance, destinées à capturer la foudre, à la comprimer en Rayons Astral, puis à la relâcher comme une sentence. Les nuages étaient brûlés. Les vents, rompus. Les cités d’orage frappées avant même que l’éclair ne naisse.

Le ciel n’était plus chanté.
Il était enchaîné.

Au cœur de cette profanation, Eld’var, Générale des Skayans — l’Éclair sans Ailes — ne chercha ni conseil ni consensus. Elle n’implora pas l’orage. Elle le convoqua.

Lorsque les Cages s’allumèrent, le firmament devint blanc, saturé d’une clarté hurlante. Les éclairs, arrachés à leur course, se tordaient dans le verre, disloqués par les harmoniques des Convergents. Le tonnerre n’avait plus de voix — seulement une douleur tenue.

Alors Eld’var entra dans la tempête.
Seule.
Sans ailes.
Portée non par le vent, mais par une volonté que le ciel reconnaissait comme un ordre.

Les premières défenses convergentes s’élevèrent à sa rencontre : Miroirs de Néant, Voiles Mentifs, Lames de Réfraction. Les Arcanistes de Verre, puissants, précis, alignèrent leurs calculs comme on dresse un mur. Eld’var le traversa.

Elle frappa sans haine.
Elle tua sans pitié.

Un Maître de Cage tenta de la clouer par un Rayon Astral focalisé ; Eld’var rompit la trajectoire d’un geste sec, forçant la foudre à se retourner, et le verre fondit autour de lui avant qu’il ne comprenne. Un autre, entouré de Lames de Réfraction, chercha à la trancher à travers le ciel; elle ordonna au tonnerre de se taire, puis de frapper — et l’homme tomba, fendu net, ses lames brisées.

Chaque duel était bref.
Chaque fin, définitive.

Elle ne combattait pas des ennemis :
elle nettoyait le ciel.

Arrivée au cœur du réseau, face à la plus haute Cage, Eld’var parla — non au monde, mais au firmament :
« Le tonnerre est un serment, non une arme. »

Ce ne fut ni prière ni appel.
Ce fut une directive.

La foudre obéit.

Les éclairs cessèrent d’être captifs. Ils arrachèrent leurs propres chaînes, se détournèrent des conduits de verre, et frappèrent les tours elles-mêmes. Les Cages vibrèrent, leurs harmoniques s’effondrèrent, et le verre éclata en une pluie d’éclats chantants. Les Rayons Astral se disloquèrent, rendus au vent, et la lumière — libérée — retomba comme une averse d’or et d’argent.

Eld’var atterrit au milieu des ruines fumantes.

Son corps luisait d’un éclat bleu et or.
Ses yeux étaient de tempête tenue.

Autour d’elle, les éclairs ne s’enroulaient pas en supplication —
ils attendaient.

Ce fut la victoire la plus éclatante d’Eld’var.
Non parce qu’elle avait sauvé les cités d’orage,
mais parce qu’elle avait rappelé au monde que le ciel n’écoute pas : il obéit — lorsqu’on sait lui parler.

Ce jour-là, les Skayans dirent :
« L’Orage a chanté,
et le monde s’est tu pour écouter. »

Et les Convergents, vaincus mais lucides, consignèrent dans les Archives d’Altherion :
« Eld’var a défait nos armes sans haine ni orgueil.
Elle n’a pas supplié le ciel.
Elle l’a commandé.
Et nous avons compris pourquoi il chante. »

On raconte qu’après la bataille, le ciel demeura pur durant sept jours —
sans nuage, sans tonnerre, sans guerre.

« Elle n’eut pas d’ailes,
mais le tonnerre fut son obéissance. »

⚡ La Plaine des Cendres Fulgurantes (508 ESR)

« Le feu peut respecter la foudre… sans jamais la craindre. »
— Chroniques orques de la Guerre d’Astral

Lorsque les armées se heurtèrent aux confins d’Ormarr, là où la pierre noire affleure sous la terre brûlée, le ciel lui-même hésita.

Les Skayans avaient repoussé trois assauts. Les Orcs, eux, avançaient encore.

À leur tête marchait Kha’Ruun Brise-Tonnerre, bras droit de Tharok, second seulement au Seigneur des Orcs.

Son Ormah’Dur flamboyait d’un rouge sombre strié de blanc, un brasier ancien, violent, total. Chaque pas qu’il faisait ouvrait des crevasses, chaque souffle soulevait des cendres incandescentes. Les guerriers qui l’entouraient tombaient, brûlés par l’excès même de sa puissance — mais Kha’Ruun avançait, indifférent, le feu pour frère.

Eld’var descendit du ciel dans un fracas sec.

La terre se fendit sous son impact.

Les éclairs se figèrent autour d’elle, en attente.

Ils se regardèrent sans haine.

Le combat éclata sans cri.

Kha’Ruun chargea, et l’Ormah’Dur rugit — un incendie vivant. Eld’var ordonna au ciel de frapper ; la foudre s’abattit, mais le brasier orc l’absorba, la déforma, la rejeta en gerbes de feu bleu et rouge. Là où ils s’affrontaient, la plaine se transforma en un chaos de roche fondue et de vents hurlants. Des dizaines de guerriers — skayans comme orcs — périrent, écrasés, foudroyés, consumés par les ondes de choc.

La lance d’Eld’var traça des arcs d’éclairs.

La hache de Kha’Ruun ouvrit des sillons de feu.

Ils se frappèrent encore. Et encore.

Dans un rugissement qui couvrit le tonnerre, Kha’Ruun parvint à saisir l’instant. Son bras enflammé s’abattit, brisant le bras d’Eld’var dans un craquement sec. La foudre vacilla. Le ciel hésita — une fraction de souffle.

Mais Eld’var ne tomba pas.

Elle ordonna.

Le ciel obéit.

Un éclair net, tenu, précis, s’enroula autour de sa lance. Elle avança malgré l’os rompu, malgré la douleur, et transperça le cœur de Kha’Ruun. Le feu explosa une dernière fois, puis s’éteignit, laissant l’orc à genoux.

Eld’var le regarda mourir.

— Tu étais fort, dit-elle simplement. Mais je voulais Tharok.

Kha’Ruun sourit, le sang noir aux lèvres, l’Ormah’Dur mourant en braises.

— Si tu t’étais dressée contre lui… souffla-t-il, même ton ciel n’aurait pu te sauver.

Puis il s’éteignit.

À ces mots, alors que la tempête se calmait, Eld’var frémit.

Pour la première fois de sa vie, elle sut — au plus profond d’elle-même — que ces paroles n’étaient ni défi ni bravade.

Elles étaient vérité.

Et le ciel, au-dessus d’elle, demeura silencieux.

⚡ La Chute des derniers Ponts d’Astral (510 ESR)

Les Skayans, enivrés par leurs victoires du ciel, déchaînèrent une série d’orages cataclysmiques sur les dernières Arches encore actives. Les éclairs frappèrent sans répit, jusqu’à faire fondre la pierre et vriller les champs de résonance.

Les arches hurlèrent comme des êtres vivants, leurs chants se brisant en larmes de lumière.

Sous ce déluge, les Nains tinrent la ligne — Leurs armures ruisselantes de feu liquide, leurs marteaux brandis comme des boucliers de tonnerre. Le dernier d’entre eux s'exclama sous le tonnerre :

“Nous brûlons pour ne pas tomber.”

Quand le ciel s’éclaircit, il ne resta que des fragments suspendus dans la brume : Les Ponts d’Astral, ces rubans de lumière qui liaient jadis les cités du monde, etaient tombés à jamais.