🌑 Les Gardiens Ombrageux
Frontière de Mémoire
🌊 La Légende de Celui-Qui-Revint des Abysses
Et des Gardiens Ombrageux, Frontière de Mémoire
Les Lireathi disent que la mer n’oublie rien.
Mais ils savent aussi que certains souvenirs ne doivent jamais remonter à la surface.
Il y eut un temps ancien — avant que les noms ne soient fixés, avant que les lois de la mémoire ne soient scellées — où un Lireathi osa plonger là où même la mer se tait.
Il aimait une femme dont le mal ne portait aucun nom.
Aucune herbe ne l’apaisait.
Aucun chant ne retenait son souffle.
La Mémoire des Marées refusait de la garder, comme si son destin était déjà en train de s’effacer.
Alors il se tourna vers l’interdit.
On raconte que les Abysses ne sont pas seulement profondes.
Elles sont pleines.
Pleine des savoirs noyés,
des souvenirs que le monde a rejetés,
des vérités trop lourdes pour être portées par la surface.
Beaucoup avaient plongé avant lui.
Aucun n’était revenu.
Lui descendit pourtant,
guidé non par l’orgueil,
mais par l’amour —
et par le refus absolu de l’oubli.
Quand il reparut enfin, les vagues reculèrent.
Sa peau avait pris la couleur des fonds sans lumière.
Une ombre liquide glissait sur lui comme une seconde chair,
vivante, silencieuse, attentive.
Ses yeux ne reflétaient plus le ciel,
mais des profondeurs où nul regard ne devrait jamais se poser.
Il avait rapporté des Savoirs oubliés du monde.
Il savait lier la mémoire à la chair.
Retarder l’effacement.
Altérer le verdict du temps.
Mais il était trop tard.
Celle qu’il aimait avait déjà rejoint la mer —
non comme souvenir,
mais comme absence.
Alors il ne cria pas.
Il ne maudit pas la Source.
Il ne tenta pas de briser l’ordre du monde.
Il jura.
Il jura que jamais plus les Lireathi ne seraient trahis par l’oubli.
Il jura que ceux qui souilleraient la mémoire,
briseraient les serments marins,
ou feraient de la mer un simple outil,
seraient vus — même dans le silence.
C’est ainsi que naquirent
les Gardiens Silencieux.
🌑 Les Gardiens Silencieux — Ceux qui Portent les Abysses
Les Lireathi affirment que la mer protège par la mémoire.
Les Gardiens Silencieux, eux, protègent par le choix.
Ils ne sont ni prêtres,
ni rois,
ni oracles.
Ils sont ceux qui ont accepté de devenir une frontière vivante
entre ce que le monde peut se souvenir
et ce qu’il doit oublier.
Depuis ce jour ancien,
autour des cités et villages Lireathi,
il arrive que l’on aperçoive, au crépuscule ou dans la brume,
une ou plusieurs silhouettes sombres.
Elles ne parlent pas.
Elles n’interviennent pas.
Mais leur présence suffit à faire taire les cœurs fautifs.
🌊 Chair d’Eau — La Fusion avec la Mer
Les Gardiens Silencieux peuvent dissoudre leur corps dans l’eau.
Leur chair devient fluide,
leurs os se font courant,
leur souffle se confond avec la respiration de la mer.
Dans cet état, ils peuvent :
se fondre totalement dans l’océan, indiscernables des marées ;
traverser tempêtes, abysses et failles sans pression ni noyade ;
reparaître en tout point de la mer tant qu’un lien mémoriel subsiste.
Plus rare encore, ils peuvent demander l’aide de la mer elle-même.
La mer ne leur obéit pas.
Elle répond.
Vagues détournées.
Courants inversés.
Brumes soudaines.
Silences lourds autour d’un navire ou d’un rivage.
Les anciens murmurent alors :
« La mer a reconnu l’un de ses juges. »
🌘 Ombre Vivante — L’Extension de Soi
Chaque Gardien est lié à une ombre autonome.
Elle n’est pas une absence de lumière,
mais une densité de mémoire obscure,
rapportée des Abysses.
L’ombre peut :
agir comme une extension du corps, saisir, entraver, protéger ;
se détacher entièrement, devenant une silhouette fluide et silencieuse ;
traverser murs, eau, brume et obscurité ;
veiller sur un individu, parfois des années durant, sans jamais se révéler.
L’ombre voit.
L’ombre entend.
L’ombre se souvient.
Mais elle ne parle jamais.
Certains Lireathi jurent avoir senti, un soir,
une fraîcheur derrière eux,
une présence sans colère.
Ils disent alors :
« Une ombre m’a trouvé digne de continuer. »
🌊 Lirea’Nym Profanée — La Mémoire Maniée
C’est ici que réside l’interdit absolu.
Les Lireathi ordinaires lisent la mémoire des marées.
Les Gardiens Silencieux, eux, la manipulent.
Ils manient Lirea’Nym d’une manière que même les Oracles n’osent nommer.
Ils peuvent :
effacer des souvenirs précis ;
altérer une mémoire existante ;
implanter de nouveaux souvenirs cohérents ;
échanger les mémoires de plusieurs individus, liant leurs passés à jamais.
Ces actes ne laissent aucune trace dans le Chant.
La mémoire modifiée devient vérité pour celui qui la porte.
Mais chaque usage efface une part du Gardien lui-même.
Plus il manipule la mémoire,
plus son propre passé devient flou.
Aucun Gardien Silencieux ne connaît entièrement sa propre histoire.
⚖️ Lois Tacites et Dissolution
Un Gardien ne peut jamais agir pour lui-même.
Il ne peut modifier une mémoire par colère ou désir personnel.
Il ne peut user de Lirea’Nym Profanée que pour préserver la société Lireathi.
Tout abus mène à une fin connue sous un seul nom murmuré :
La Dissolution.
Quand un Gardien oublie pourquoi il veille,
la mer le reprend,
et son ombre se disperse
comme un souvenir trop lourd.
🤍 La Transmission
Les Gardiens ne recrutent pas.
Ils attendent.
Parfois, un Lireathi disparaît.
Ni corps.
Ni trace.
Ni chant funéraire.
Les anciens déposent alors une coquille blanche dans la mer et murmurent :
« Il a été jugé digne.
Son cœur est assez vaste
pour porter ce que le monde a rejeté. »
Car chez les Lireathi existe une vérité que nul ne grave dans la pierre :
Tout ce que la mer prend, elle finit par rendre.
Mais parfois…
elle rend un gardien.