🦆 Les Ornithorynques — Le Cadeau au Monde
Les Petits Miracles Inutiles d’Elyndra
« Les dieux oublieront, les hommes lutteront,
mais toi, petit être, tu rappelleras au monde ce qu’est la douceur. »
— Elyndra, au dernier matin de son Chant
🌿 I. Origine — Le Don Ultime de la Mère-Vie
Lorsque la Fracture du Ciel déchira le monde, les Primordiaux furent arrachés à Elserath comme des chants que l’on étouffe au milieu d’une phrase. Elyndra sentit alors que son lien au monde faiblissait, que sa voix se retirait doucement, comme une marée qui ne reviendrait jamais.
Elle vit les peuples encore jeunes, tous marqués par la rupture : les Nains cherchant la stabilité de la pierre, les Wyveriens tentant de calmer la forêt, les Skayans hurlant avec les vents fous, les Hommes tremblant devant la première nuit, les Orcs naissant dans la douleur des Titans, les Liréathi rassemblant les échos dispersés, et les Aelran murmurant déjà vers les étoiles.
Elle vit aussi les Djinns, toujours présents alors, luttant pour apaiser les courants du Chant désormais brisés.
Elyndra comprit qu’elle était sur le point d’être séparée à jamais du monde qu’elle avait façonné. Alors, avant que sa voix ne s’éteigne, elle voulut offrir un dernier présent : non une arme, non un miracle flamboyant, mais une leçon de douceur.
Elle mêla la grâce de la loutre, la curiosité du castor, et la beauté de l’oiseau.
Et dans ce geste final — le dernier qu’elle put accomplir avant d’être arrachée pour toujours à Elserath — naquirent les Ornithorynques, que la déesse appela ses petits miracles inutiles.
🌊 II. Place dans le Monde — Les Enfants de l’Eau Primordiale
Les Ornithorynques vivent dans les rives, deltas et lagunes où l’eau murmure encore des fragments du Premier Chant.
Ils ne craignent aucune race, et aucune race ne les craint.
Les Skayans les saluent depuis leurs cités suspendues ; les Orcs refusent de les chasser, voyant en eux un présage apaisé d’Ormah’dur maîtrisé ; les Lireathi les considèrent comme des messagers doux du souvenir ; les Hommes les regardent avec un respect sincère, comme un symbole de paix avant les tempêtes.
Les Nains disent :
« Là où l’ornithorynque patauge, la pierre se repose. »
Les Aelran déclarent — non sans un rare sourire :
« Leur silence ne fait aucune ombre. »
Même Asha, le dernier Djinn, les regarde approcher sans la moindre méfiance.
Et lorsque les ornithorynques rient, certains affirment que la Source elle-même sourit à travers eux.
💧 III. Bénédictions d’Elyndra — Les six Grâces de l’Eau Primordiale
Ces dons sont considérés comme sacrés. Ils ne relèvent pas d’une magie qu’un mortel pourrait apprendre : ils sont le cœur même d’Elyndra, offert aux êtres les plus innocents de son Chant.
🦆 1. Le Souffle d’Onde-Claire — L’Eau Paisible
Lorsqu’un ornithorynque nage près d’un voyageur, les eaux deviennent sûres. Les courants s’adoucissent, les abysses se taisent, et aucun danger naturel ne peut frapper. Les Lireathi disent que c’est la mémoire d’un océan avant la peur.
🦆 2. Le Rebond Sacré — La Chance Douce d’Elyndra
Si un ornithorynque bondit hors de l’eau devant quelqu’un, ce saut accorde une bénédiction discrète : éviter un malheur, trouver une vérité juste, ou rencontrer l’allié nécessaire. Jamais plus d’une fois par an pour une même personne.
🦆 3. La Lueur-du-Sable-Profond — Les Dons Retrouvés
Lorsqu’un ornithorynque gratte le sable d’une rive et qu’une douce lueur violette s’élève, tout ce que l’eau a perdu peut être retrouvé : objet, souvenir, symbole, ou même un nom oublié par la mer.
🦆 4. Le Chant des Bulles — La Guérison Silencieuse
Les bulles musicales émises par l’animal apaisent douleurs, fièvres et tourments intérieurs. Les Wyveriens y entendent directement la résonance d’Elyndra.
🦆 5. Le Dos-Miroir — La Vision du Meilleur Soi
Le reflet sur la peau mouillée de l’ornithorynque ne montre pas la réalité : il révèle la meilleure version du spectateur, celle qu’il pourrait devenir s’il suivait la voie juste. Un don doux, mais souvent bouleversant.
🦆 6. La Marche des Deux Mondes — Le Passage Éclair
Certains ornithorynques peuvent marcher quelques instants sur l’eau. Celui qui ose les suivre sans hésiter est conduit vers un lieu nécessaire : refuge, guérisseur, ami, ou vérité enfouie. Les Lireathi pensent qu’ils ouvrent alors un passage entre deux courants de mémoire.
🌙 IV. Symbolique — Le Dernier Sourire d’Elyndra
Parmi tous les êtres d’Elyndra, les ornithorynques sont les seuls que les peuples nomment unanimement intouchables.
Ils ne portent pas la lumière des étoiles, ni les runes, ni les tempêtes, ni les feux.
Ils portent quelque chose de plus rare : la douceur du monde, avant que les guerres ne le marquent.
Certains sages disent que, si un jour la Source venait à s’éteindre, le monde survivrait encore tant qu’il resterait un seul ornithorynque pour rire au bord d’une rive.