🜟 Annexe bis II — Les Plans d’Existence

Les sages disent que le monde n’est pas un lieu, mais une harmonie à plusieurs voix — et que chaque plan, visible ou non, résonne à sa manière avec le Chant primordial.

Préambule — L’Harmonie à Plusieurs Voix

Les plans d’existence d’Elserath ne sont pas des “lieux” empilés comme des étages. Ils sont des résonances, des fréquences du monde, des manières différentes pour le Chant d’être entendu — ou refusé.


1. Le Monde Matériel

La Voix Dense

Le plan où marchent les vivants, où la matière répond aux lois du réel : poids, temps, distance, cause, conséquence. Tout ce qui possède un corps y appartient.

Les mortels y naissent, s’y accomplissent, s’y brisent et s’y souviennent. Les Primordiaux l’ont chanté dans la lumière, et la Source y pulse encore — invisible, mais omniprésente.

2. Sael’Daryn — Le Monde des Esprits

La Voix Subtile

Reflet éthérique de l’univers matériel, où la pensée façonne les formes et où les lois de la physique n’ont aucun pouvoir.

Présences connues

  • Esprits Mineurs — éclats de conscience, simples et persistants.
  • Esprits Intermédiaires — façonneurs de formes, architectes d’apparences.
  • Esprits Supérieurs — souverains quasi-divins, dont l’attention peut changer un monde.

Sael’Daryn change selon l’esprit qui le regarde : jungle vivante pour Elserath, paysage différent pour chaque monde existant. C’est là qu’habitèrent jadis les premiers Djinns, et là encore que les Pingouins d’Aurélis patrouillent, gardant le Voile et repoussant les intrusions venues d’autres reflets.

3. Nyss’Avoren — Le Plan du Chaos

La Voix Déchirée

Il existe entre les notes du Chant — dans les silences, les ratures, les blessures laissées par la Fracture du Ciel.

Nyss’Avoren n’a ni forme, ni temps, ni direction. C’est une mer de potentialités instables, où les lois du réel apparaissent et disparaissent comme des braises sous un vent furieux.

C’est de ce plan qu’est née l’Entropie, la Neuvième Voix : non pas malveillante, simplement mal née — désirant créer sans jamais trouver l’harmonie nécessaire.

Certains Esprits Supérieurs évitent Nyss’Avoren. D’autres l’explorent comme on explore la folie.

4. Kel’Syr — Le Plan Primaire

La Voix Originelle

Le premier lieu du Chant. Le foyer où la Source apparut, et où son premier murmure donna naissance à la matière.

Les Primordiaux, bien que nés dans Sael’Daryn, rejoignirent le Plan Primaire dès qu’ils prirent conscience, attirés par l’appel de la Voix qui les avait engendrés.

Nul mortel ne peut atteindre Kel’Syr, et même la plupart des Esprits Supérieurs n’y perçoivent qu’une lueur inaccessible. Les Aelran disent que le Plan Primaire existe en tout être vivant, comme la première respiration que l’on oublie.

5. Erel’Thanor — L’Éternel Crépuscule

La Voix du Passage

Ce plan est le chemin des morts : la marche où les âmes se dépouillent de leurs mémoires, de leurs noms, de leurs histoires, jusqu’à devenir une pure étincelle prête à rejoindre sa dernière demeure.

Cette traversée est douce, sans douleur, mais infiniment mélancolique. Une vie entière s’y efface comme un dessin dans le sable.

Les Aelran sont les seuls à pouvoir y pénétrer naturellement. Ils y accompagnent les morts et veillent à ce qu’aucune âme ne se perde dans les marges où l’Entropie tente parfois d’étendre ses griffes.

Certains Aelran disent que l’Éternel Crépuscule est un lieu de naissance inversé : un retour vers le silence qui précède la lumière.

6. Noct’Ael — La Nuit Sans Fin

L’Anti-Voix

Il existe au-delà du Chant, comme l’ombre d’une idée jamais formulée.

Dans ce plan, il n’y a ni matière, ni esprit, ni lumière, ni mémoire, ni volonté, ni horizon. Simplement le néant total — une absence parfaite et froide.

Les Cendrés pensent que ce plan est la véritable fin de toute chose. Certains Aelran affirment que le Néant possède une forme de conscience : une écoute passive du Chant, comme une oreille géante posée contre l’univers.

Les Dragons Sylvains jugent cela absurde. Les Dragons Abyssaux, eux, ne rient pas.

7. Vaer’Lumen — Le Plan des Résonances

La Voix Inachevée

Un entre-deux : une frontière vibrante entre tous les autres. Ni matière, ni esprit, ni chaos, ni mort, ni origine — seulement la vibration pure : la résonance brute du Chant.

Nature

Un océan de lumière pulsante où chaque onde est un fragment de mémoire universelle. Les couleurs y sont du son, les sons y sont de la lumière, et les formes se déforment au rythme d’un battement cosmique. Rien n’est stable, mais rien ne s’effondre.

Rôle cosmologique

Vaer’Lumen sert de tampon entre les plans. Chaque fois qu’un esprit, une magie ou une âme traverse un plan vers un autre, sa vibration doit passer par Vaer’Lumen — comme la corde d’un instrument qu’on accorde avant un chant.

Dangers

Si quelqu’un y reste trop longtemps, sa résonance se dissout dans l’océan vibratoire, jusqu’à perdre son identité.

8. Elyr’Nath — Le Plan des Possibles

La Voix Non Chantée

Le plus mystérieux : ce que le monde aurait pu être. Les chemins que la Source n’a pas choisis. Les réalités non advenues.

Il n’existe pas de temps dans Elyr’Nath. Seulement des possibilités superposées : du réel potentiel, flottant dans un état d’incertitude parfaite.

Manifestations rapportées

  • Figurants-Probables — silhouettes humaines sans visage, nées d’histoires qui n’ont jamais eu lieu.
  • Spectres d’avenir — projections d’individus qui ne naîtront peut-être jamais.
  • Énigmes-Vivantes — entités changeant d’identité à chaque regard.

Rôle cosmologique

Elyr’Nath est un réservoir de possibles. Les Arcanistes de Verre pensent que ce plan alimente la liberté, car c’est dans Elyr’Nath que naissent toutes les potentialités d’un choix. Lorsque Nareth offrit la liberté aux Hommes, on disait que son souffle venait directement d’Elyr’Nath.

Dangers

Regarder trop longtemps un “possible” risque de le projeter dans sa propre vie. Beaucoup sont revenus de ce plan convaincus d’être quelqu’un d’autre.

« Ce qui n’est pas réel ne mérite pas nos ombres. »

Conclusion — Ce que Traverse une Âme

Les plans ne sont pas des distances : ce sont des accords. Et si l’on doit retenir une loi unique, les vieux sages la murmurent ainsi :

« On ne quitte pas un plan sans y laisser une part de sa justesse. »