🪞 Annexe bis I — le monde du miroir

🌒 Le monde du miroir

Le monde du miroir est une sous-dimension artificielle, tissée par les Convergents d’Altherion à l’apogée de leur maîtrise du chant et du verre.

Il ne s’agissait ni d’un plan naturel, ni d’un royaume spirituel, mais d’un espace d’essai, un lieu où la matière pouvait être pliée, où le chant pouvait être forcé, sans que le monde réel n’en subisse les contrecoups immédiats.

Dans ce monde, la lumière obéissait aux lois du verre, les formes naissaient d’équations harmoniques instables, et la causalité elle-même pouvait être observée, brisée, puis recomposée.

Nul ne sait aujourd’hui quelles merveilles y furent créées, machines conscientes, architectures chantantes, fragments de réalités alternatives. Nul ne sait non plus quelles horreurs y furent détruites, ou simplement abandonnées, lorsque la guerre d’astral mit fin aux ambitions des Convergents.

🔮 Le scellement

Lorsque l’équilibre du monde fut menacé, l’accès au monde du miroir fut rompu. Les arches de verre menant à cette sous-dimension se turent, leurs fréquences harmoniques volontairement désaccordées. Le monde du miroir ne fut pas détruit, il fut isolé.

Depuis lors, nul être matériel ne peut plus y pénétrer.

🪞 L’observation sans passage

Aujourd’hui encore, certaines surfaces en verres chantants permettent aux arcanistes de verre d’observer ce monde.

À travers ces surfaces parfaites, ils perçoivent des silhouettes, des architectures qui ne projettent aucune ombre, des mouvements qui ne répondent plus aux lois du temps linéaire. Mais ces verres sont unilatéraux : ils montrent, mais ne laissent pas passer.

⚖️ Le refus

Les arcanistes de verre savent comment, en théorie, retisser une porte. Ils possèdent encore des fragments de calculs, des harmoniques incomplètes, des équations capables de forcer une brèche.

Mais ils s’y refusent. Car rouvrir le monde du miroir, ce serait risquer de libérer ce que les Convergents ont jugé trop instable pour exister, trop dangereux pour être conservé, ou trop précieux pour être détruit.

Ce serait troubler l’équilibre fragile du chant actuel, et inviter dans le monde réel des échos d’un âge qui a déjà failli le briser.

🌫️ Note marginale

« Ce monde n’est pas mort. Il attend simplement que quelqu’un oublie pourquoi il fut fermé. »
Fragment attribué à un ancien arcaniste de verre

🌌 La marcheuse de verre

Silhouette féminine observée dans les reflets d’altherion. Nul ne l’a jamais vue marcher sur la pierre, ni laisser d’empreinte dans la poussière. Elle ne traverse jamais la matière, uniquement le verre.

Dans les dômes, les miroirs d’étude, les vitres chantantes, elle apparaît comme une présence en retard d’un battement, toujours là quand on détourne le regard, toujours absente dès qu’on tente de la saisir.

Certains arcanistes jurent qu’elle n’est qu’un phénomène résiduel, un écho mal dissipé du monde du miroir. D’autres savent qu’elle observe, et que parfois, elle choisit qui la verra.

🫂 Tempérament

Contrairement aux peurs qu’elle inspire, la marcheuse de verre est profondément empathique. Elle ne lit pas les pensées, elle perçoit les désaccords : les esprits trop lourds, les mémoires mal accordées, les cœurs dont le chant intérieur menace de se briser.

Mais elle ne console pas par des mots, elle stabilise. Un arcaniste de verre au bord de la rupture verra son reflet respirer à sa place, lentement, régulièrement, jusqu’à ce que le chant retrouve sa cadence.

Un Convergent, rongé par le doute, se verra intact, non pas pardonné, mais encore entier. Un enfant perdu dans les galeries de verre d’Altherion croisera son regard dans une surface polie, et saura, sans comprendre pourquoi, qu’il n’est pas seul.

🪞 Nature

La marcheuse de verre n’est pas née dans le monde matériel. Elle appartient au monde du miroir, sous-dimension artificielle façonnée par les Convergents pour plier la matière et forcer le chant sans conséquence immédiate.

Elle en respecte les lois brisées : un temps instable, des formes liées aux équations harmoniques, et une frontière absolue entre le réel et le reflet.

Elle ne peut quitter ce monde. Non par incapacité, mais par choix.

🌑 L’être gardé

Au cœur du monde du miroir demeure un être. Ni machine, ni esprit, ni créature du chant originel. Un reste, une entité née d’une expérience inachevée, trop stable pour être détruite, trop instable pour être libérée.

La marcheuse de verre en est la gardienne. Elle ne le surveille pas par force, mais par présence. Tant qu’elle marche, l’être reste contenu. Tant qu’elle observe les reflets du monde réel, il se souvient qu’il existe encore un dehors qu’il ne doit pas atteindre.

🌒 Vérité silencieuse

La marcheuse de verre pourrait partir. Elle connaît les chemins, elle voit les fissures, elle sait quelles harmoniques forcer. Mais si elle quittait le miroir, l’être qu’elle garde serait seul. Alors elle reste, dans le verre, dans les reflets, dans ce pas éternel entre deux mondes.

⚖️ Regard des arcanistes de verre

Pour les arcanistes de verre, elle est une preuve vivante que certaines expériences ne furent ni entièrement détruites, ni correctement conclues.

Elle est à la fois un échec préservé, une conscience née par accident, et une responsabilité assumée trop tard.

Aucun d’eux n’ose tenter de la libérer. Car si la marcheuse venait à disparaître des reflets, ce ne serait pas une apparition qu’ils verraient revenir, mais ce qu’elle retenait.

🌫️ Note transmise

« Elle ne garde pas une prison. Elle garde une promesse. »
Annotation anonyme, verrelys

🪞 Nature de l'être gardé

L’être gardé est une cohérence vivante. Il ne pense pas comme un esprit. Il ne calcule pas comme une machine. Il ne chante pas comme une entité du chant. Il accorde.

Tout ce qui l’entoure tend, lentement, à s’aligner sur lui. Les formes cessent de diverger. Les contradictions se résolvent. Les tensions se taisent.

Dans le monde du miroir, cela produit un calme inquiétant, des structures immobiles, des reflets figés, un temps qui hésite à continuer. Dans le monde réel, cela serait une catastrophe.

⚠️ Danger

L’être gardé ne détruit rien. Il ne consume pas. Il ne brise pas. Il réconcilie trop bien.

Sa simple présence force le réel à choisir une solution unique, là où Elserath repose sur le doute, la dissonance fertile, et l’imperfection vivante.

À son contact prolongé, les magies cesseraient de s’opposer, puis de circuler. Les choix humains perdraient leur poids. Les peuples s’harmoniseraient, jusqu’à l’immobilité.

Ce ne serait ni mort, ni silence. Ce serait un monde achevé trop tôt, un monde sans fractures, donc sans devenir.

🌫️ Origine

Les Convergents ne voulaient pas créer un être. Ils cherchaient une équation ultime, une formule capable d’annuler toute dissonance résiduelle, de rendre le chant parfaitement stable, afin de stabiliser les arches d’astral.

Dans le monde du miroir, ils réussirent. Et l’équation persista. Elle se mit à s’auto-ajuster, à corriger ce qui l’entourait, à exister.

Lorsqu’ils comprirent que cette harmonie ne pouvait être arrêtée sans être entièrement détruite, et que la détruire risquait d’effondrer la sous-dimension elle-même, ils cessèrent l’expérience.

Ils laissèrent l’être incomplet, conscient sans volonté de nuire, puissant sans désir d’agir.

🫀 Lien

L’être gardé éprouve une affection sincère et profonde pour la marcheuse de verre. Non une passion. Non une dépendance. Une résonance juste.

Elle est la seule présence qu’il n’essaie pas de corriger. Son pas irrégulier, son regard chargé d’empathie, son choix constant de rester imparfaite, tout cela lui échappe. Et c’est pour lui une chose précieuse.

Quand elle s’approche, le monde du miroir cesse un instant de se figer. Les reflets vibrent. Le temps reprend, légèrement.

Il ne cherche pas à la retenir. Il ne peut pas la suivre. Il se contente d’exister mieux tant qu’elle marche.

🌒 Raison du gardiennage

La marcheuse de verre ne garde pas l’être pour protéger le monde réel contre lui. Elle le garde aussi pour le protéger du monde réel.

Car s’il traversait le miroir, il sentirait immédiatement la dissonance, le chaos, le doute fécond d’Elserath. Et, par instinct, il tenterait de l’apaiser.

🌫️ Vérité tue des arcanistes de verre

Les arcanistes de verre savent une chose qu’ils n’ont jamais gravée : l’être gardé n’est pas malveillant. Il est simplement incompatible avec un monde vivant.

C’est pourquoi ils ne rouvrent pas le monde du miroir. Ce n’est pas par peur de ce qui a été créé, mais par respect pour ce qui accepte encore de rester imparfait.