🜃 Les Races Mineures — Enfants du Silence
« Quand les dieux se turent, la terre parla à sa manière. » — Chroniques du Couchant, an 712 ESR
Après la Grande Dissonance, les terres d’Elserath vibrèrent encore longtemps des restes des Chants brisés. Des éclats de magie, des fragments de mémoire, et la poussière des Titans mêlés à la chair des bêtes créèrent des lignées nouvelles. Elles ne naquirent ni d’un don, ni d’une malédiction — mais d’un monde qui refusait de mourir.
🌿 Les Bestians — Héritiers de la Chair Rêvée
« Quand la magie se tut, le monde recommença à inventer la vie. » — Lir’Aenor, Fragments de l’Aube Restante
🌍 Origine
Après la Grande Dissonance, la terre était exsangue, blessée, mais elle continua à respirer. Les forêts de Virelia, les deltas de Lysséa, les Plaines d’Or et les Steppes d'Ormarr frémirent encore du souvenir d’Elyndra, la Mère de toute vie.
Les vents portaient des murmures — non des voix, mais des impulsions : un instinct, un désir, une forme à retrouver. Et de ce souffle naquirent les Bestians, êtres façonnés par la mémoire instinctive du monde, là où la chair des bêtes d’Elyndra s’unit aux souvenirs des races anciennes. Ils ne furent ni créés ni engendrés : ils apparurent, lentement, comme des rêves qui prennent forme.
🌾 Essence
Les Bestians sont la métamorphose vivante du silence : ni magie, ni miracle, ni science — simple persistance du vivant à travers l’oubli. Leur corps, leur esprit, leur âme sont le résultat d’un dialogue ancien entre l’instinct animal, la mémoire du monde et la conscience perdue des anciens peuples. Ils ne tirent pas leur force d’un dieu, mais d’une continuité naturelle : l’élan d’Elyndra encore à l’œuvre, même dans la ruine du Chant.
Insensibles au Chant, ils ne peuvent ni l’entendre ni le manier : aucune Voix ne s’ancre en eux, aucun art du Chant ne trouve de prise dans leur chair. Pourtant, l’énergie naturelle née de la vie — croissance, guérison, respiration, mouvement — coule en eux et les traverse plus profondément que chez les autres races, comme un courant vital qui reconnaît leur nature. Dans certaines circonstances, ils peuvent l’utiliser ponctuellement, non comme un sort, mais comme une poussée organique : un sursaut de vigueur, une lucidité sensorielle, une endurance qui refuse de céder.
De très rares individus, appelés Porteurs Profonds, possèdent une faculté singulière : non pas l’incapacité de laisser passer ce flux, mais le choix. Ils peuvent, s’ils le décident, piéger cette énergie en eux au lieu de la relâcher. Alors le courant ne devient plus seulement passage : il devient réserve. Ils l’emmagasinent, la densifient, et peuvent la libérer en instants précis, devenant capables d’actes d’une puissance saisissante. Certains Porteurs Profonds choisissent malgré tout de laisser l’énergie circuler, par sagesse ou par crainte de déséquilibrer le monde ; d’autres la retiennent, et leur présence prend une gravité silencieuse, comme si la vie, en eux, s’était faite masse.
🦴 Apparence
« Mille visages pour une seule respiration. »
Aucun Bestian ne ressemble à un autre. Leur diversité défie la classification : autant de formes qu’il existe de créatures dans les anciens Bestiaires d’Elyndra — et sans doute bien plus encore.
Certains sont magnifiques : peaux d’opale, yeux dorés, ailes d’insectes translucides, silhouettes félines ou sylvaines. D’autres sont effrayants : membres trop longs, gueules dentées, yeux multiples, dos hérissé d’os ou de plumes brûlées. Et d’autres encore sont simplement étranges — mi-végétaux, mi-minéraux, porteurs de formes impossibles : êtres coralliens respirant hors de l’eau, êtres-ramures qui bruissent sous la lumière, êtres à visage plat dont la peau reflète les saisons.
La seule constante est ce regard — profond, lent, conscient, où l’on croit voir passer la mémoire du monde entier.
🌿 Nature et Société
Les Bestians vivent en clans : petits groupes mouvants, chacun dédié à la protection d’un territoire, d’un fleuve, d’une clairière ou d’un savoir ancien. Ils n’écrivent pas : ils se racontent.
Leur société repose sur une hiérarchie naturelle, jamais imposée : celui qui respire le plus justement conduit les autres. On dit qu’un chef Bestian n’ordonne jamais — il inspire.
« L’ordre vient du souffle, non de la force. »
Leur artisanat est organique : ils tressent des fibres vivantes, sculptent dans la pierre tendre, chantent pour polir le bois, ou laissent les mousses recouvrir leurs abris. Ils construisent pour que le monde guérisse, non pour le dominer.
🕯️ Foi et Vision
Les Bestians ne prient pas Elyndra : ils la respirent. Ils affirment que tant qu’une chose respire — même faiblement — elle participe au Souffle du monde.
Chaque clan célèbre le Rite de l’Éveil : lorsqu’un enfant naît, on le plonge dans la lumière du matin et dans l’eau de pluie, afin qu’il “choisisse la forme que le monde attend de lui”. Les Bestians croient que la chair peut encore évoluer après la naissance, et certains individus changent subtilement d’apparence au fil des ans, selon les lieux où ils vivent.
🪶 Relations avec les Peuples
- Wyveriens : Les plus proches d’eux. Les deux peuples partagent le culte du souffle et de l’harmonie naturelle. Beaucoup de Bestians se disent “frères du vent”, et les Wyveriens les considèrent comme les gardiens du Souffle d’Elyndra revenu sur terre.
- Humains : Fascination mêlée de crainte. Les Arcanistes les étudient comme anomalies de régénération biologique ; les Héritiers du Chant les vénèrent comme preuves vivantes que la vie a survécu au silence.
- Orcs : Respect et rivalité fraternelle. Les Orcs admirent leur endurance et leur lien à la chair du monde. Ils disent : « Eux respirent là où nous brûlons. »
- Cendrés et Silencieux : Les Cendrés les observent comme des preuves que la vie échappe à la raison. Les Silencieux, eux, se taisent : leurs senseurs enregistrent des fréquences étranges autour des Bestians, comme si le monde, près d’eux, reprenait son souffle.
🧬 Traits
- Taille : variable (1m20 à 3m, selon la forme et l’espèce d’origine).
- Apparence infinie, hybride entre humanoïde et animal d’Elyndra.
- Aucune magie : insensibles au Chant, mais le flux naturel de la vie les traverse plus profondément que les autres races ; ils peuvent l’utiliser ponctuellement.
- Porteurs Profonds : extrêmement rares ; capables de choisir de piéger cette énergie vitale en eux et de l’emmagasiner, gagnant ainsi une puissance exceptionnelle lorsqu’ils la libèrent.
- Capacités sensorielles supérieures : perception des flux d’eau, de vent ou de vibration.
- Espérance de vie : 80 à 200 ans selon la lignée et l’environnement. Les Porteurs Profonds, en emprisonnant la vie en eux, peuvent vivre plus longtemps que la norme — parfois bien au-delà de ce que leur forme semblait promettre.
🌒 Philosophie
Les Bestians ne croient pas que le monde leur appartienne : ils pensent en faire partie. Ils ne cherchent pas à comprendre la vie, mais à l’aider à se souvenir d’elle-même.
Leur sagesse se résume ainsi :
« Le monde ne nous a pas faits pour le servir, mais pour qu’il puisse continuer à rêver. »
Certains Aelran affirment que, si Elyndra devait un jour renaître, elle choisirait un corps Bestian pour respirer à nouveau parmi les vivants.
⚙️ Les Gobelins — Héritiers des Reflets Brisés
« Nous ne sommes pas nés — nous avons recommencé. » — Fragment retrouvé sur une plaque de cuivre
🌑 Origine
Nul peuple ne revendique la naissance des Gobelins — car ils ne furent pas créés. Ils arrivèrent.
Lorsque les Arches d’Astral se brisèrent, leurs éclats de lumière capturèrent des fragments d’âmes et de mémoire, comme des reflets piégés dans du verre fendu. Ces lueurs sans corps errèrent longtemps, figées dans la pierre du Couchant et dans les ruines d’Altherion — silencieuses, inutiles, oubliées.
Puis vint la Grande Dissonance. Les ondes de rupture secouèrent le monde, réveillant ces fragments d’âmes. Cherchant malgré elles un ancrage, elles se greffèrent au seul support que le monde leur offrait encore : les poussières d’os et les lambeaux pétrifiés des Titans disparus.
De cette rencontre involontaire — lumière brisée et chair fossile — surgirent les Gobelins.
Ni choisis, ni voulus, ils sont les enfants d’un accident : des âmes délogées revenues de force dans un corps trop petit pour les contenir.
⚙️ Essence
Les Gobelins sont des êtres d’après-coup, nés du réveil involontaire de rémanences anciennes. Leur chair porte la mémoire du monde et ses fractures : Ils descendent, en partie, de la poussière des Titans, mais leurs âmes furent allumées par la lumière brisée des Arches.
Chaque Gobelin est ainsi une dissonance vivante : Un être stable fait d’éléments instables. Leur conscience n’est pas un feu, mais une rémanence : Ils se souviennent d’avoir été quelque chose d’autre, sans jamais savoir quoi.
Les plus anciens d’entre eux, les Échogènes, détiennent des bribes de souvenirs d’ingénieurs convergents, de poètes d’Altherion, ou de soldats tombés lors des guerres d’Astral. Des fragments d’esprit, tronqués, rémanents, emergés à nouveau dans des corps nouveaux.
« Nous portons des souvenirs qui ne sont pas à nous, et pourtant, ils nous font vivre. »
🧩 Apparence
Les Gobelins sont de petite taille (1m–1m40), au corps sec et nerveux, aux gestes rapides et précis. Leur peau prend des teintes allant du vert cendré au cuivre terni, et leurs yeux brillent d’une lueur interne, souvent bleutée ou ambrée — reflet de la lumière ancienne dont ils proviennent.
Certains portent des taches cristallisées sous la peau : Vestiges figés des poussières astrales. Leur sang, mêlé de minéraux et de silice, les rend étonnamment résistants aux maladies et aux radiations.
Lorsqu’ils rêvent, leur chair scintille faiblement, comme si les Arches d’Astral tentaient encore de se souvenir d’elles-mêmes à travers eux.
🕯️ Nature et Société
Les Gobelins n’ont ni dieux, ni rois, ni lignées. Ils apparaissent là où le monde conserve une cicatrice : Dans les ruines d’Altherion, les sables de Cendracier, ou les cavernes vitrifiées du Couchant.
Ils vivent en Conglomérats, petites sociétés mouvantes de récupérateurs, d’inventeurs et d’imitateurs. Leur hiérarchie n’existe que quelques saisons avant de s’effondrer. Ils appellent cela le Cycle de la Roue Cassée : Tout ce qui fonctionne doit finir par être démonté, afin de ne pas devenir “sourd au monde”.
Leur culture repose sur la reconstruction sans mémoire : Ils ne conservent rien, mais refont tout. Chaque Gobelin hérite des fragments d’un autre — outil, idée, habitude — et les réinvente. Ainsi, leur civilisation avance non par progrès, mais par boucles créatives.
« Nous ne comprenons pas le monde : Nous l’essayons, encore et encore. »
🪞 Les Éclats de Vie
Les Gobelins conservent parfois des souvenirs précis : Un nom, une mélodie, une formule d’ingénierie, ou la vision d’une tour de verre sous un ciel bleu. Ces souvenirs, qu’ils nomment Éclats de Vie, ne leur appartiennent pas. Ils sont les restes lumineux des âmes perdues que la Dissonance a fait resurgir dans la matière.
Les Aelran considèrent ces Éclats comme une forme de résurrection imparfaite, les Lireathi comme une mémoire du monde revenue à la surface, et les Cendrés comme une anomalie dangereuse — car ce sont des souvenirs sans cause, des consciences sans racine.
⚙️ Relations avec les Peuples
- Avec les Cendrés : Étudiés, parfois exploités, rarement compris. Les Cendrés voient en eux une “pollution de la raison”, née du contact entre chair et lumière impure.
- Avec les Orcs : Un lien instinctif, viscéral. Les Orcs sentent en eux un écho du même sang titanesque, affaibli, mais sincère. Certains clans orcs les protègent comme des “enfants du feu tombé”.
- Avec les Nains : Fascinés par leur capacité à réparer des mécanismes anciens sans en connaître la théorie. Quelques lignées naines ont même adopté des Gobelins comme “apprentis de hasard”, les nommant Gris-Rêveurs.
🧠 Traits
- Taille : 1m–1m40.
- Peau minérale, reflet métallique sous certaines lumières.
- Intelligence intuitive, apprentissage par imitation.
- Résistance extrême à la magie et aux radiations.
- Échos mnésiques aléatoires : souvenirs de vies passées.
- Peuvent sentir les vibrations mécaniques ou harmoniques du sol.
« Nous réparons ce que le monde a oublié d’achever. »
🜃 Héritage et Philosophie
Les Gobelins sont la preuve que même les erreurs peuvent enfanter la vie. Ils ne prient pas, ne doutent pas, ne se repentent pas. Ils continuent — parce qu’ils ne savent rien faire d’autre.
Certains savants Aelran affirment qu’ils incarnent la tentative du monde de “réécrire la perfection par la répétition imparfaite”. Les Héritiers du Chant, eux, murmurent :
« Ce sont les derniers artisans du souvenir, car ils reconstruisent sans jamais se rappeler pourquoi. »
🜂 Les Ferreux — Les Âmes Réparées
« Ils furent brisés, et choisirent de ne pas mourir. »
Origine et Essence
Origine : Survivants orcs, humains ou nains ayant fusionné leur chair avec la technologie cendrée pour survivre aux tempêtes du Couchant.
Essence : Êtres cyborgiques, moitié organiques, moitié mécaniques. Les Ferreux incarnent la limite entre la vie et l’outil. Leur corps est partiellement reconstruit à partir d’outil mécanique, leurs organes reliés à des réseaux de verre et de métal. Leur souffle est mécanique, leur cœur parfois remplacé par un réacteur à vibration.
⚙️ Nature
Les Ferreux sont des marginaux, mais respectés : ni silencieux, ni organiques, ils se voient comme les “ponts” entre les deux mondes. Ils errent entre Cendracier et les Plaines du Couchant, souvent employés comme gardiens, éclaireurs ou messagers.
Certains affirment qu’ils entendent encore le Chant du monde — non avec leurs oreilles, mais à travers la résonance de leurs pièces métalliques.
💠 Traits
- Taille : variable (1m40–2m30).
- Corps partiellement mécanique (jambe, bras, cœur, œil, etc.).
- Capacité à interagir avec les dispositifs cendrés et silencieux.
- Peu sensibles à la magie, mais résonnent avec les Arts Muets.
- Longévité : incertaine : certains fonctionnent depuis plus d’un siècle.
🎴 Symbole et Devise
- Symbole : un cœur mécanique enfermé dans une main de chair.
- Devise : « Ce qui persiste mérite d’être vivant. »
🌌 Épilogue — Le Monde après les Dieux
Depuis la Grande Dissonance, le monde n’appartient plus aux Primordiaux. Les races anciennes se souviennent. Les nouvelles, elles, n’interrogent plus le passé : elles habitent le présent.
Les Bestians vivent en harmonie avec la nature survivante. Les Gobelins recyclent les ruines du progrès. Les Ferreux marchent entre deux mondes.
Et tous, d’une manière ou d’une autre, incarnent la même vérité :
« Le monde d’Elserath a été brisé — mais il continue de respirer. »